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Bio Express

  • : VERONIQUE NARAME - JOURNALISTE
  • VERONIQUE NARAME - JOURNALISTE
  • : Journaliste, je collabore avec la presse économique et la presse professionnelle. Je signe des portraits, articles, interviews, dossiers et ouvrages. A mon actif également, des reportages en Afrique du Nord et Afrique subsaharienne. En parallèle, je conçois et pilote des formations sur la communication interculturelle. Et effectue tous travaux rédactionnels, présentation et animation de conférences-débats. Contact : veronique.narame@free.fr | Twitter : @veroniquenarame
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LE CHOIX DE LA REDACTION

 

 

ALTERNATIVES INTERNATIONALES  n° 067

Juin 2015

       Boko Haram épuise le Cameroun

Par Véronique Narame
A Maroua et Minawao
 
couverture
                  

Depuis un an, le Cameroun fait face aux assauts meurtriers de la secte nigériane Boko Haram. Et contribue, depuis 2013, à l'accueil sur son territoire de 40 000 réfugiés nigérians dans le camp de Minawao.

 

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LE CHOIX DES INTERNAUTES

JUIN 2015

Algérie / Industrie électrique et électronique : Moderniser et restructurer

Algérie  / Maritime : L'Algérie combine mer et terre

Côte d'Ivoire / Socitech Groupe : Contribuer à la digitalisation de l'Afrique

Burkina Faso / Sibiri François Yaméogo, Styliste Modéliste

Algérie / Photo reportage au Salon international du livre d'Alger

Burkina Faso / Des infrastructures performantes pour l'industrie

 

 

23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 07:58

 

Algérie : Cinquante ans d’indépendance

 

Paru dans Arabies – Juillet-Août 2012


 

Copie--1--de-Algerie-7-juillet-002.jpgLe 5 juillet 2012, l’Algérie célèbre le jubilé d’or de son indépendance. Retour sur un-demi siècle d’histoire avec des témoignages d’Algériennes et d’Algériens.

 

« En 1962, les prisonniers politiques algériens sont libérés. Mon père, alors détenu à la prison Saint-Paul de Lyon, revient à la maisonNous quittons alors la France pour l’Algérie et toute la famille opte pour la nationalité algérienne. » Mohamed Attia, médecin psychiatre, qui vit et a exercé en France, se raconte. Au fur et à mesure qu’il déroule le fil de son histoire, on perçoit mieux ce qu’a dû affronter le pays pour reconstituer une identité confisquée durant si longtemps. Plus de cent trente ans… « En 1962, c’était le chaos. Tout s’est fait si brutalement… Les Algériens n’avaient pas les moyens de s’organiser. Il y avait tout juste une centaine de bacheliers arabo-musulmans sur tout le territoire. L’Etat a opté pour le modèle collectiviste qui prévalait dans les années 1960, se démarquant ainsi de la puissance coloniale. Mais le résultat n’a pas été à la hauteur des espérances. » L’homme n’a rien oublié de ses années là-bas, en Algérie, et en a conservé la nationalité durant toute son vie passée en France, sans jamais se désolidariser de son pays d’origine.

Anissa Toumi aussi est attachée à sa carte consulaire, signe de son lien avec le pays, où elle est née, il y a cinquante ans, en novembre 1962. Si, comme tant d’autres enfants d’immigrés, elle a grandi en France, elle a tout même résidé trois années au « bled », de 1978 à 1981, pour s’enraciner à la terre de ses ancêtres. De ce séjour, elle en conserve un souvenir sans pareil, mais n’en dit pas autant d’un séjour, en 1999, où la Franco-Algérienne a nettement senti la différence. « Je n’ai plus reconnu le pays. Il avait régressé au plan des libertés et la vie semblait triste », avoue-t-elle. Anissa Toumi affiche toutefois une fierté non feinte vis-à-vis de cette nation qui, dit-elle, a su conserver son autonomie et ne vit pas sous l’influence des grandes puissances, sauf à l’époque de Boumediene, période durant laquelle la jeune république algérienne se rapprocha de la Russie communiste.

En Algérie, ceux qui ont vécu les cinquante années de gouvernance post-indépendance, reviennent sur les évènements déterminants de ce demi-siècle. Témoin direct, Saïd Boukhelifa, conseiller au ministère du Tourisme et de l’artisanat, explique. « De 1971 à 1981, le développement du pays a été à son apogée. Durant cette décade ensoleillée, de nombreux investissements ont été réalisés. Mais en 1986, les prix des hydrocarbures ont chuté. Quatre ans plus tard, la guerre du Golfe éclatait. Puis le Front islamique du salut (FIS) s’imposait en Algérie et le président Boudiaf était assassiné. Ce n’est que depuis 2008, que la stabilité est restaurée, et que les revenus des hydrocarbures permettent de financer de grands projets d’investissements. ».

Saliha Djeffal, députée du FLN, insiste sur les difficultés auxquelles l’Algérie était confrontée, au moment du déclanchement du terrorisme, dans les années 1990. « L’Algérie n’avait pas de quoi acheter un bateau de blé. Elle était entre les mains du FMI. La jeunesse, population majoritaire, était en plein désarroi. Elle n’avait que peu d’alternative sinon rejoindre le maquis ou traverser la Méditerranée ».

Un quinquagénaire franco-algérien, qui a effectué sa première partie de carrière au pays, avant de s’installer dans l’Hexagone, ne se console pas de la tragédie qui a ensanglanté l’Algérie durant la « décennie noire ». Il constate que les cadres qui ont dû s’expatrier ont désinvesti la mère-patrie et n’accordent plus la même confiance à leurs dirigeants.

Un idéal brisé. « Le terrorisme et son cortège d’atrocités ont rendu les Algériens très méfiants. C’est comme si on avait brisé un idéal et que la fierté des acquis de la révolution s’était délitée ». Il convient que le gouvernement a financé - à la faveur de la flambée des cours du pétrole - de grands programmes structurants (des barrages, des routes, des aides pour les jeunes), mais il souhaite à présent de nettes améliorations des conditions d’existence de la population.  

Denis Martinez, citoyen algérien en exil en France depuis 1994, a pour sa part décidé de réinvestir l’Algérie en 2004. Il sillonne la Kabylie, avec une troupe d’artistes, le temps d’un festival itinérant. Le saltimbanque, qui fut professeur aux Beaux Arts d’Alger à partir de 1963, appartient à la génération de l’indépendance. Il avait 20 ans cette année-là. « J’ai participé à l’utopie de l’indépendance », dit-il, en parlant de cette époque foisonnante. Des années Boumediène, il garde le souvenir d’un certain dirigisme, mais aussi le sentiment d’une grande justice sociale. « Le dirigisme était pesant mais nous avions de très fortes convictions. On avait envie que l’art soit popularisé. Hélas, après 1988, l’islamisme s’est peu à peu répandu. Les premiers à être liquidés ont été ceux qui avaient une influence sur la jeunesse : l’écrivain et journaliste Tahar Djaout, le psychiatre Mahfoud Boucebsi… C’est ainsi que nous avons pris le chemin de l’exil. Ceux qui ne sont pas partis ont été assassinés ».

Des familles ont été endeuillées et des existences tragiquement meurtries. Comme celle de ce jeune trentenaire, salarié d’une firme automobile coréenne, endetté à vie, ainsi que sa famille, parce qu’il a dû emprunter une fortune pour faire soigner en France son père atteint d’un cancer. Ils sont en effet très nombreux, en Algérie, à avoir développé des pathologies lourdes à la suite de cette incommensurable épreuve qu’ils ont dû affronter seuls, sans l’aide de la Communauté internationale. Et quand ils ont pu éviter et le pire et les dégâts collatéraux, ils n’en demeurent pas moins affectés d’avoir gâché dix ans de vie. Du reste, certains ne pardonnent pas le sang versé. A l’instar de ces veuves, qui ont perdu leur mari, et qui réclament une journée de reconnaissance et un statut, semblable à celui des enfants de Moudjahides, pour tous les orphelins.   

Destruction en règle. L’Algérie se reconstruit graduellement et tente de comprendre comment l’abomination a pu être poussée à l’extrême durant les longues années de « guerre contre les civils ». D’aucuns y voient les stigmates de la domination coloniale, une blessure si déstructurante qu’elle aurait ensuite conduit à l’émergence de cette violence.

Du reste, la destruction en règle qui a précédé le départ du colonisateur a longtemps obéré le développement du pays. Fouzia Tahri, femme de radio, témoigne. « L’occupant est parti en démolissant tout derrière lui. La Radio télévision algérienne (RTA) a dû, sans transition, acquérir le matériel et se former aux techniques de montage et de diffusion de l’audiovisuel, faute d’avoir eu accès au savoir à l’époque coloniale. »   

Cinquante ans plus tard, si le spectre de l’asservissement s’est dissipé et que l’identité algérienne s’est recomposée, il faut à présent reconstruire un pays qui a subi l’épreuve du terrorisme. Certaines villes ont plus souffert que d’autres de cette tragédie nationale et il y a urgence à recréer un environnement favorable à l’emploi et au lien social. « De nombreuses étapes ont été accomplies, il en reste encore à franchir », soulignait Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs, en marge du colloque Victimes du terrorisme et Réconciliation nationale de 2010. Elle ajoutait que, sur la question des droits et des libertés, le processus d’ouverture était en marche.

Fort heureusement, l’économie nationale connaît une croissance soutenue du fait de l’accroissement des recettes pétrolière et de la commande publique, comme le souligne Ammar Belhimer, maitre de conférences à l'université d'Alger. Elle est néanmoins fortement marquée par les transferts sociaux. « On évalue à 16 milliards de dollars la lourde masse des transferts sociaux », explique l’universitaire. Il poursuit en indiquant que cela favorise l’assistanat et que la répartition de ces prestations par les sphères bureaucratiques est faillible. « Sinon, comment expliquer que le ratio de la population pauvre demeure toujours aussi élevé ? » Il appelle alors de ses vœux à la formation d’une classe d’entrepreneurs compétents, socialement responsables, et qui seraient attachés à une accumulation locale des capitaux, « loin de l’économie de comptoir ».

Ali Kahlane, président de Satlinker, une entreprise intervenant dans les télécommunications, ne dit pas autre chose. « Pour réussir nos TIC et réduire la fracture numérique en Algérie, il nous faut de plus en plus de professionnalisme et de moins en moins de politique. »

Les dirigeants de DLG, société de service en ingénierie informatique, attentent du secteur bancaire et de l’administration qu’ils prennent le train du numérique en marche, en prévoyant des allègements fiscaux pour les entreprises et en facilitant le recrutement de diplômés, sinon, préviennent-ils, « on risque de tourner longtemps en rond ». Mohamed Saïdi, patron de Big Informatique, engage l’Algérie - qui était au top 2 du développement africain des technologies de l’information dans les années 1960/1970 - à recouvrer sa place dans les cinq années à venir, en concentrant ses efforts sur la mise à niveau de la qualification professionnelle.

15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 09:53

 

- Mardi 13 mars 2012 -

Quelle place a la diaspora du Maghreb en France ?

 

Les Mardis de l'IMA

Un temps pour s'informer et échanger

autour de l'actualité

des pays arabes et de l'Europe

 

 

On les appelle les "visages de la diversité". Et chaque formation politique possède "ses" Maghrébins. Quel est le poids de cette diaspora ? Son champ d'intervention ? Son lien avec son pays d'origine ?

Avec :

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Mohammed MRAIZIKA, docteur en sciences sociales (EHESS Paris). Aujourd'hui consultant en sciences sociales, en droit international humanitaire. Auteur de nombreux travaux dont le dernier : Marocains résidant à l'étranger. Hier et aujourd'hui, mais demain ?

Mohamed Larbi HAOUAT, docteur d'Etat, enseignant. Président de l'Association de solidarité pour l'intégration par les langues, l'éducation et la culture. Vice-président de l'AFAL.

Débat animé par Véronique Narame, journaliste.


A la Médiathèque de Roubaix

2, rue Pierre Motte-Roubaix

de 18h00 à 20h00

 

CIMG1983-copie-1.JPG CIMG1991-001.JPG

 

Evènements organisés en partenariat avec l'Institut du Monde Arabe,

la Région Nord-Pas de Calais,

la Ville de Roubaix,

et la Ville de Tourcoing.

 


5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 11:04

 

Tempête dans l’encrier

 

 Paru dans New African - Mars-Avril 2011 

 

tap2.JPGTrop longtemps muselés, les médias tunisiens ont saisi l’occasion du soulèvement populaire pour prendre part au débat et accompagner le changement. Récit.

 

Un fantastique vent de liberté souffle sur la profession. Après les émeutes et la chute du régime, les médias tunisiens – et la presse électronique d’expression francophone en particulier – se relayaient pour franchir graduellement la ligne rouge. Et tout porte à croire que tout le pays sera sensible à cette pluralité de voix dont ne peut se départir la démocratie.

La presse tunisienne égrène aujourd’hui son lot d’informations. Et les analyses et comptes-rendus se succèdent à un rythme effréné. Signe manifeste que les temps ont changé, l’agence Tunis Afrique presse (TAP) a fait paraître, le 26 janvier, un « avis de recherche » émis par la justice « pour obtenir la localisation et l’arrestation du président déchu Zine El Abidine Ben Ali et de six de ses proches ».    

 

Rétrospective.

Un mois auparavant, le béton coulé sur la presse pour mieux la condamner au silence a commencé à se lézarder. Début décembre 2010, dans Business news, le caricaturiste Imed ben Hamida s’est risqué à quelques critiques à l’endroit « des » entrepreneurs, brocardant la fraude à laquelle se sont livrés certains d’entre eux. Le 29 décembre, le site Tekiano fait référence à l’actualité circulant sur Facebook et via Twitter. Incidemment, et sous couvert d’informations relatives aux nouvelles technologies de l’information, le journaliste, qui signe W.N., comptabilise le nombre de recherches relatives au « mot clé » Sidi Bouzid, et souligne le taux de progression des consultations de l’item par les internautes. De son côté, Nizar Bahloul, dès le 3 janvier 2011, rédige dans Business news des chroniques évoquant les problèmes liés à la restriction de la liberté d’expression.   

Mohamed Jebri, sur Tekiano (4 janvier), conclut un papier sur Firas Arfaoui - l’un des « plus brillants pirates [informatiques] actuels » - en lançant, un brin ironique : « En ces temps propices à la guerre (et donc à la sécurité) cybernétique, son recrutement [par les autorités] ne devrait pas poser de difficultés ! ». L’ellipse est néanmoins, on le constate, encore de rigueur. Mais plus pour longtemps. Le 10 janvier, Webmanagercenter (WMC) défie la censure en faisant explicitement remarquer que « les médias officiels et même les radios privés ont consacré des flashes aux événements avec des approches qui diffèrent un peu de la langue de bois habituelle dans ce genre de circonstances. ».

Les salles de rédaction s’emparent graduellement du débat, se risquant de plus en plus à la critique, voire à la condamnation sans appel des violences, a l’instar de Samir Bouzidi, du magazine 00216. Le 13 janvier, il marque nettement son désaccord avec les propos tenus par l’ambassadeur de Tunisie à l’Unesco, le même jour, sur le plateau d’une chaîne de télévision française. Il écrit : « Nous regrettons le style et les propos qui ne sont pas de nature à stimuler le retour du dialogue apaisé que nous espérons tous pour notre pays ».

Le 14 janvier, au lendemain du discours de l’ex chef de l’Etat, c’est au tour du magazine en ligne African manager de monter au créneau. Saluant - comme pour mieux les réduire - les réformes annoncées par le président en matière de liberté de la presse, la rédaction émet de sérieuses réserves : « Nous n'en sommes pas encore sûrs ! ». Dans un contexte encore marqué par l’incertitude, le webzine spécialisé dans les informations économiques prévient alors les lecteurs qu’un parti pris éditorial délibérément « anodin et plat » sera adopté pour traiter de l’actualité. La prudence est encore de mise, mais pour quelques temps seulement. Car les vieux réflexes d’autocensure vont vite voler en éclat.

 

De la contention à la réaction

Avec « L’heure de la liberté d’expression », l’édito du 14 janvier de la version électronique de Le temps s’inscrit dans cette perspective de changement radical. Le propos est assorti d’un mea culpa qui prend acte de la responsabilité que doivent endosser des médias qui n’ont pas pris – à temps - la mesure de la situation. Mais, explique-t-on, le « système de verrouillage occulte » exercé par « un système dans le système » a empêché l’exercice du métier dans les conditions adéquates, et a creusé un écart entre les Tunisiens et leur information.

L’heure est aussi à l’autocritique pour Le quotidien, qui, sous la plume de Abir Chemli, fait acte de contrition le 29 janvier. « Assimiler un plein de liberté dans l’immédiat pour un esprit longtemps en hibernation, est peut-être une oxygénation à forte dose que ma cervelle « intoxiquée » n’arrive toujours pas à assimiler… », écrit-elle, invitant à la clémence – dans leur jugement – ceux qui seraient tentés de désigner les journalistes comme seuls boucs émissaires. « Ces accusations, combien même elles seraient compréhensibles, ne justifient pas tout. Car quelque part, tous les Tunisiens étaient dans la même galère et les journalistes pas plus que d’autres ne peuvent être des boucs émissaires du silence de mort dont faisait preuve toute la société civile. »

D’autres médias vont, dans la même veine, changer de dialectique au lendemain de la chute de l’ancien régime. Dans les colonnes de La presse, au fil des jours, l’étau se dessert. Le caricaturiste Lotfi croque l’actu sur un ton désormais satirique : « Ils ont laissé des plumes…mais des plumes libres », fait remarquer l’un des personnages de sa vignette du 18 janvier. Le 30 janvier, c’est au tour de Hmida Ben Romdhane, directeur du même journal, de s’exprimer sans détours dans une tribune où alternent, pêle-mêle, accusations contre l’ancien régime et critiques vis-à-vis du quotidien.

« La Presse a joué un rôle central dans l'instauration d'un système d'information ossifié et sclérosé, ayant fortement endommagé la réputation internationale du pays », convient-il, avant d’ajouter que la responsabilité centrale incombe à l'autorité politique, et « principalement au service de presse au Palais de Carthage qui s'est posé en gardien vigilant, réprimant toute velléité d'indépendance de la presse, et récompensant toute disposition à chanter les louanges mensongères du régime. »

Incontestablement, avec l’avènement de cette nouvelle République, c’est toute la presse qui se libère du joug de la censure. Les journalistes font montre d’une volonté féroce de rupture avec le passé, se posant en garants de cette valeur cardinale dont a été démise la profession et qui ne demande à présent qu’à être réactivée : la liberté.

« Personne ne peut nier la métamorphose qui s’est accomplie dans le paysage médiatique de notre pays. Depuis le 13 janvier, tous les médias, ou presque, ont montré leur volonté de se réconcilier avec le peuple », fait remarquer Henda Chennaoui, de Kapitalis, précisant toutefois qu’il reste « encore beaucoup de travail » à accomplir.

 

3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 10:45

 

Révolte des jeunes

A qui la faute ?

 

Paru dans African Business - Février-Mars 2011 

 

Qu’ont-ils en commun les émeutiers de Tunisie et d’Algérie et pourquoi leurs cris de colère sourdent-ils au même moment ? Autopsie d’une révolte.

La Tunisie et l’Algérie ont en partage l’appartenance à un même continent, l’Afrique, et à une même sous-région, le Maghreb central. En cela, leur histoire présente des similitudes, tout comme les contextes socioculturels dans lesquels se sont édifiées leurs économies au sortir de la nuit coloniale. Il en est de même de leur population, laquelle présente la caractéristique d’être jeune. Les moins de 30 ans représentent en effet près de 70 % de la population.

Mais la comparaison s’arrête là. Ces voisins maghrébins ont par la suite suivi leur propre trajectoire. A la faveur de décisions et de leaders, ainsi que de moult autres paramètres comme la taille du territoire, le legs du passé et son assimilation, les ressources naturelles, les deux Etats Nations ont chacun écrit leur partition. L’un a bénéficié de conséquentes ressources en hydrocarbures qu’il a exploitées avec le concours des firmes internationales. L’autre a développé l’industrie du tourisme, du textile et de l’agriculture, en se positionnant plus récemment sur de multiples autres segments d’activités industriels et de services aux entreprises.  

En près de cinquante ans d’indépendance, ces deux pays ont cependant eu à supporter de multiples chocs - économiques, sociaux et politiques. Le choc pétrolier, dans les années 1980, a provoqué l’effondrement du prix du baril de pétrole. L’Algérie de l’époque s’est trouvé dépendante des décisions du FMI pour assurer la survie alimentaire de son peuple, en l’absence de ressources alors suffisantes pour y subvenir. A la même période, elle a été précipitée dans une effroyable tragédie qui a obscurci, dix années durant, ses horizons. Des milliers de morts et de blessés ont été déplorés. Des centaines de milliers d’autres ont été déplacés vers les villes et des milliards de dollars de dégâts matériels ont été enregistrés.  Pourtant, le pays s’est relevé de cette terrible épreuve, en instaurant la loi sur la Concorde civile. Il a également remboursé de façon anticipée sa dette extérieure dont le montant était supérieur à 12 milliards $.

Si la Tunisie n’a pas eu à surmonter pareille situation, un pan entier de sa production industrielle - le textile et l’habillement - a néanmoins été impacté, depuis 2000, par l’arrivée sur le marché de nouveaux concurrents venus de Turquie, d’Europe de l’Est et de Chine. Le démantèlement de l’accord multifibres en 2005 a encore ajouté au problème, en provoquant l’effritement de son volume d’exportation à destination de son principal client : l’Europe. En outre, comme tant d’autres économies, celle de la Tunisie a été impactée par la crise de l’automne 2008. La croissance a baissé de ses niveaux habituels, passant de 5 % à 3 %.

 

Des efforts à soutenir avec le concours de la communauté internationale

Dire alors que la Tunisie et l’Algérie sont seuls responsables de cette déliquescence serait  réducteur. Ces deux pays ont tout de même relevé des défis majeurs. Et non des moindres. Certes, tout n’est pas résolu, mais le chemin parcouru et les efforts entrepris méritent d’être soulignés. Si un retard au développement est observé dans les régions enclavées du Sahara et du Sahel où ne poussent que l’alfa et les palmiers dattiers, des réformes ont néanmoins été entreprises et des initiatives impulsées pour juguler le chômage et créer de l’emploi.

A commencer par l’enseignement, secteur auquel l’Etat tunisien alloue 6,9 % du PIB et 1,19 % à la recherche et au développement (R&D). Au moins 360 000 étudiants sont inscrits dans les universités et de près de 13 000 autres à l’étranger. Chaque année, plus de 80 000 d’entre eux sortent diplômés de l’enseignement supérieur, dont 3 834 avec un diplôme d’ingénieur. En Algérie, 40 % des ressources sont destinées à l’amélioration du développement humain, avec notamment 5 000 établissements, 600 000 places pédagogiques universitaires, 400 000 places d'hébergement pour les étudiants et plus de 300 établissements de formation et d'enseignement professionnels.

S’agissant de ces deux économies - qui ne sont au demeurant pas de même échelle que celles des pays industrialisés -, leur développement a de tout temps été encouragé par les pouvoirs publics, en fonction de leurs réalités et de leurs contextes. Une politique volontariste impulsée en Tunisie a permis de créer et de développer le tourisme. Mais cette activité a aussi révélé les disparités criantes entre d’une part les étrangers qui viennent consommer du « sea, sun and sand » au pays, et que l’on voit déambuler dans de flamboyants bus estampillés des logos des majors du tourisme européen, et d’autre part les Tunisiens qui redoublent d’ingéniosité pour conjurer les mauvais coups du sort. Dans un monde régulé par les échanges marchands et leurs corollaires, les profits, pourrait-on d’ailleurs envisager d’autre alternative pour les pays « low cost » que celle consistant à accueillir une clientèle argentée pour en recueillir quelques subsides ?

Les mêmes exigences se sont imposées pour la mise en œuvre du programme industriel, lequel s’est aligné sur les directives telles qu’édictées par l’Organisation mondiale du commerce (OMC). En Tunisie, la Loi de 1972 a ainsi autorisé les investissements directs étrangers (IDE) et a permis, en conséquence, l’implantation de nombreuses entreprises étrangères. Puis, le pays a marqué sa volonté d’ouverture vers l’extérieur en souscrivant aux accords du GATT et à ceux de l’OMC en 1995, avant d’être partie prenante des accords de Doha en 2001.

Les donneurs d’ordre européens sont alors venus très nombreux et, depuis quatre décennies, ils externalisent moult métiers pour diminuer les coûts de production. Le fleuron des entreprises françaises, italiennes et allemandes procurent ainsi des dizaines de milliers d’emplois à des Tunisiens, dans de nombreux  secteurs (textile et habillement, industries mécaniques, électriques et électroniques, aéronautique, équipementerie automobile…).

Ces entrepreneurs venus du Nord puisent leurs ressources, humaines et naturelles, de ce « réservoir vital pour l’Europe » que sont la rive sud du bassin méditerranéen et l’Afrique, car ils savent que les conditions de rémunération et le droit du travail sont plus avantageux. Cela se fait parfois au détriment de la main d’œuvre maghrébine qui accepte, faute de mieux, ces conditions.

Les pays du Maghreb sont, en effet, confrontés à ces « poids lourds » qui tirent avantage de ressources humaines qualifiées et peu coûteuses, et qui sont, a fortiori, rompues à une certaine discipline pour accéder aux fruits de la croissance. Seulement, à l’heure où Internet et les télévisions satellitaires diffusent leurs informations, il n’est désormais plus guère de sociétés ni d’individus qui puissent ignorer les écarts patents qui existent entre ceux qui détiennent les richesses et ceux qui y aspirent. Que ce soit à Bab el Oued ou à Sidi Bouzid, les motivations des jeunes sont ainsi semblables à celles de leurs coreligionnaires de tous pays. Elles consistent à vouloir s’insérer dans le monde du travail et à gagner décemment leur autonomie financière. Or, dans tous les pays du Maghreb et dans ceux d’Afrique subsaharienne, le chômage est important, tout comme l’emploi précaire.

Il est ainsi attendu des partenaires économiques de la rive nord méditerranéenne qu’ils ne soient pas uniquement tournés vers leur rentabilité interne, mais qu’ils agissent en soutien au développement économique de ces « pays tiers » via l’investissement dans des projets générateurs d’emplois hautement qualifiés requérant l’expertise des diplômés du supérieur.

« Nous avons besoin de l’Europe, de la technologie européenne, de l’investissement européen, mais dans une relation de parité, d’égal à égal », déclarait Hassan Abouyoub, l’actuel ambassadeur du Maroc en Italie. « Plutôt que de parler d’immigration sélective, créons un espace commun de connaissances et commençons à réguler l’employabilité des jeunes aussi bien au Nord qu’au Sud. Si on nous ouvre le marché agricole, si on permet l’investissement étranger, on aura les deux points de croissance qui nous manquent pour générer les 30 à 35 millions d’emplois que nous devons créer sur la rive sud », ajoutait-il.

Le jour où l’on envisagera d’autres formes de conquêtes que celles du marché, et que l’on raisonnera globalement, pour le bien-être de tous, alors les embarcations de misère, sur lesquelles s’entassent, dans un dernier élan d’espoir, ceux qui cherchent à atteindre les côtes des cités d’abondance, ne viendront plus s’échouer en mer et les oubliés de la croissance ne s’immoleront plus.

Alors enfin, la jeunesse pourra-t-elle entrevoir l’avenir autrement qu’en brûlant les symboles d’un pouvoir n’ayant plus d’autre recours pour restaurer l’ordre que celui de la force.

 Images-3 0152Images-3-0352.JPG 

4 novembre 2010 4 04 /11 /novembre /2010 14:32

 

Les femmes sur la scène arabe

Paru dans Arabies - Octobre 2010

 

 

La protection des droits des femmes ainsi que leur accès à l’emploi figurait au menu de la 36e conférence arabe du travail, en 2009.

 

182 8220Souvent à tort décrites comme le maillon faible d’un univers implacablement dominé par la mâle volonté d’hommes impavides, qu’en est-il au juste de ce deuxième sexe de la société arabe ?

Avant toute analyse trop lapidaire, l’interprétation de données chiffrées qui proviennent des statistiques de la Banque mondiale et de l’Unicef permettra une analyse de situation plus objective.  

La démocratisation de l’accès aux soins et à l’éducation est déterminée par des ressources financières adéquates et des conditions géopolitiques idoines. Il va de soi que ces droits considérés comme consubstantiels au développement humain - et a fortiori à celui des femmes – bénéficient plus largement aux populations des pays à revenu élevé. Le monde  arabe n’échappe pas à la règle. Ainsi, le Koweït, les Emirats arabes unis, le Bahreïn, l’Arabie saoudite, Oman, la Libye et le Qatar sont les plus avancés dans ces domaines.

 

L’avance du Qatar. Proportionnellement au Revenu national brut (RNB), c’est au Qatar que revient la palme. Il détient l’un des ratios de décès maternel à l’accouchement le plus faible du monde arabe et l’un des plus forts taux de scolarisation et d’alphabétisation de la population féminine. En outre, de 1970 à 2008, le taux de fécondité est passé de 6,9 à 2,4 enfants par femme. Les Qataries sont aussi parmi celles qui comptent le plus fort taux de participation à la population active - avec les Comoriennes, les Djiboutiennes et les Mauritaniennes. C’est au demeurant l’unique caractéristique entre ce public féminin du Golfe arabique et celui de ces pays dont le RNB est nettement plus bas. Ce qui induit fatalement un fort taux de décès en couches et un faible taux d’alphabétisation des femmes.  

En revanche, pour ce qui est de la présence féminine dans la sphère politique, les femmes mauritaniennes ont de l’avance. Elles sont plus largement représentées dans les instances parlementaires (18,2 %) que leurs homologues qataries ou saoudiennes qui n’apparaissent pas dans les statistiques. Les Irakiennes, les Emiriennes et les Tunisiennes sont également beaucoup plus impliquées au plan politique. Elles le sont d’ailleurs davantage que les parlementaires françaises qui détiennent tout juste 20,4 % des sièges.

Dans d’autres pays arabes, la participation des femmes à la vie politique enregistre une substantielle progression. En Egypte, neuf femmes ont été élues au Parlement en 2005 et une loi leur accordant plus de 12 % des sièges à l’Assemblée a été adoptée en 2009. Au Koweït, pour la première fois dans l'histoire de cet émirat du Golfe, cette même année, dix femmes ont été élues au Parlement à l'issue des élections législatives, seulement trois ans après que le droit de vote leur a été accordé. A cette époque déjà, deux femmes figuraient parmi les candidats d’une élection municipale partielle à Salmiya. En Algérie, Nouria Hafsi, secrétaire générale de l’Union nationale des femmes algériennes et vice-présidente de l’Union des femmes africaines et des femmes arabes, appelle de ses vœux à davantage d’implication politique : « Lors des prochaines échéances, serons-nous en mesures de présenter suffisamment de candidates sachant qu’à peine 5 % d’entre elles adhérent à un parti politique ? C’est là un nouveau défi que nous devons relever », fait-elle remarquer.

Concernant l’emploi féminin, la tendance globale sur le marché du travail du Maghreb et du Machrek est à la hausse. Selon les estimations fournies par le Bureau international du travail (BIT), de 1998 à 2008, le ratio emploi-population active a augmenté de 4.2 % au Moyen-Orient (20,5 à 24,7 %), et de 4,4 % en Afrique du Nord (22,6 à 27 %). Le taux de chômage des femmes a parallèlement diminué dans ces deux régions. Il est passé de 16,1 % en 1998 à 13,4 % au Machrek en 2008, et de 18,3 à 16,1 % au Maghreb. De même, la part de l’emploi vulnérable a-t-elle respectivement diminuée de 10,5 et de 6,5 %.

 

Femmes d’entreprises. Les femmes du monde arabe sont en outre fortement mobilisées sur le front de l’investissement et de la création d’activités. En Arabie saoudite, des conventions d’affaires et des forums économiques dédiés aux entrepreneuses et investisseuses sont fréquemment impulsés par les chambres commerciales et industrielles. A Riyad, Houda El-Jerissi, présidente du conseil exécutif de la section féminine de la Chambre a pu constater l’amélioration du climat d’investissement à destination de ce public féminin qui possède du reste 40 % des entreprises familiales et 20 % des capitaux dans les fonds saoudiens mixtes. Au sein de la Banque islamique de développement, l’on débat aussi du rôle économique des femmes, s’appuyant sur l’expérience à ce sujet du royaume de Bahreïn où le nombre de femmes chefs d’entreprises a progressé de 322 % de 1991 à 2001.

D’autres initiatives transnationales émanent de part et d’autres, notamment via le Conseil des femmes d'affaires arabes présidé par Hissah Saad A. Al-Sabah. Le Forum Mena-Ocde des entreprises et le Sommet des femmes entrepreneurs a pour sa part réuni à Marrakech un panel d’éminentes décideuses du monde arabe des affaires - dont Sheikha Lubna Bint Khaled Al Qasimi, ministre de l’Economie des Emirats arabes unis. Parallèlement, des réseaux fonctionnent localement, comme celui des Femmes d'affaires du Qatar Forum (QBWF), la Chambre nationale des femmes chefs d’entreprises (CNFCE) en Tunisie ou encore l'Association des femmes d'affaires libanaises (LBWA).

La proportion de Cisjordaniennes, de Gazaouies et d’Irakiennes dans la part de la population active est a contrario beaucoup moins significative que celle des pays arabes à revenus élevés. Sûrement ces femmes sont-elles en proie à d’autres préoccupations pour assurer leur survie dans un contexte aussi incertain. Les pouvoirs publics s’efforcent pourtant de soutenir l’emploi féminin et la protection de leurs droits. A Amman, lors de la 36ème session de la Conférence arabe du travail en 2009, il a précisément été question de cela.

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La Palestine en tête. En dépit des troubles récurrents en Cisjordanie et à Gaza, l’on constate cependant que les jeunes femmes de 15 à 24 ans sont celles dont le taux d’alphabétisation est le plus élevé du monde arabe. En Syrie et en Algérie, ce sont les taux d’achèvement du cycle primaire par les filles qui figurent en tête du palmarès. Au Koweït, aux Emirats arabes unis et au Qatar, l’enseignement supérieur est quant à lui pris d’assaut par les femmes dont les inscriptions dépassent en nombre celles des hommes. Pour soutenir cet élan, l'Organisation de la femme arabe, dont la présidente est Leïla Ben Ali, épouse du chef de l'Etat tunisien, s'est assignée comme mission principale de « contribuer à ce que l'enseignement soit consacré comme un levier majeur pour la promotion des rôles de la femme arabe et pour son intégration dans le processus de développement et de progrès de sa société ». Cette orientation sera de nature à accroître encore davantage la présence féminine sur la scène arabe – et internationale -, déjà riche de tous ces talents.

Les femmes du monde arabe excellent en effet déjà dans maints registres. Le thème mériterait à lui-seul un traitement différencié tant il est fourni. Femmes de lettres, artistes, chercheurs… elles sont si nombreuses à enrichir le mouvement culturel et intellectuel de leur génie ! Alors, cédons à l’arbitraire et n’en citons, pour conclure, que quelques-unes : la diva Fairouz, la photographe Salma Alshaibi, la scientifique Zoubida Charrouf, l’écrivaine Nawal el-Saadaoui, la cinéaste Alia Arasoughly, la présidente de l'Académie arabe de l’e-Business Mouna Hassoun, la chercheuse Rokhsana Ismail

 

 

Ecole primaire

chez les filles

2005-2008

Alphabétisation femmes de

15 à 24 ans

 

Sièges occupés

par des femmes

dans les parlements

 nationaux

Arabie saoudite

91,7 %

96,2 %

0,0

Bahreïn

97,6 %

99,7 %

13,7

Cisjordanie et Gaza

82,8 %

99,9 %

0,0

Comores

67,4

84,1

3,0

Djibouti

36,8

 

13,8

Egypte

93 %

81,8 %

1,8

Emirats arabes unis

107,0 %

97,0 %

22,5

Irak

65,2 %

80,2 %

25,2

Jordanie

101,1 %

98,9 %

9,55

Koweït

98,4 %

98,5

7,7

Liban

88,8 %

99,1

3,1

Libye

 

99,7

7,7

Mauritanie

65,7 %

63,4

18,2

Oman

80,8 %

97,6

9,7

Qatar

111,5 %

99

0.0

Soudan

46,8 %

81,7

18,2

Syrie

112,8 %

92,5

12,4

Yémen

 

70,0

1,05

 

 

4 novembre 2010 4 04 /11 /novembre /2010 11:36

 

Autour des Africaines du Nord

Paru dans Arabies - Octobre 2010

 

Photo-022.jpgA l'approche du Forum des femmes à Tunis, un tour d'horizon s'impose pour voir comment les femmes maghrébines ont vu leur rôle progresser dans les sociétés d'Afrique du Nord.

  

A l’avant-garde pour accompagner les mutations et perpétuer dans le même temps les valeurs de leurs sociétés, les femmes du Maghreb sont le fer de lance du changement, grâce à la négociation et au dialogue.

Elles ont en commun de résider en Afrique du Nord et d’appartenir à des sociétés qui puisent à la source de cultures similaires. Cela étant, les femmes du Maghreb central n’en partagent pas moins le même idéal que leurs concitoyennes du monde : celui de renforcer - de manière consensuelle – leurs droits. Nabiha Gueddana est l’une d’elles. Candidate tunisienne au poste de secrétaire générale adjointe des Nations unies en charge de la nouvelle entité « ONU-Femmes », ce médecin pédiatre, qui est également responsable de l’Office national de la famille et de la population (ONFP), entend bien concourir à la promotion des femmes. « Issue d’un pays musulman qui a su démontrer qu’on peut faire avancer les lois vers l’égalité, appartenant à une société tolérante et modérée, j’ai compris que nos jeunes filles et nos femmes ne doivent pas rester au banc de la modernité », écrit celle qui s’emploie à réduire les inégalités d’accès des femmes aux services de santé et à lutter contre la mortalité maternelle.

Vie et mariage. Au Maroc, des améliorations sont également enregistrées sur ce plan. En attestent les quatorze années d’espérance de vie supplémentaire que les Marocaines ont acquis, en près de 30 ans, nonobstant des disparités persistantes entre villes et campagnes. La baisse de la fécondité et le relèvement de l'âge au mariage sont des facteurs également pris en compte pour mesurer les changements qui opèrent au sein de la société maghrébine. De 1966 à 1998, l’âge du mariage des Algériennes a ainsi reculé de près de dix ans. Il est à présent égal ou supérieur à 27 ans.  

 

Population et démographie   ALGERIE   MAROC   TUNISIE
Population totale 2009 35 600 000 31 514 000 10 434 400
Espérance de vie femmes 76,3 74,2 76,3
Indice de fécondité 2,36 2,23 2,06
Ratio de décès maternel pour 100 000 naissances

 180

 240  100

 

Pour soutenir une politique et impulser des initiatives en leur faveur, trois femmes dirigent un ministère dédié à ce public, dans chacun des gouvernements. En Algérie, il s’agit de Nouara Saadia Djaffar, ministre déléguée chargée de la Famille et de la Condition féminine. Journaliste de profession, elle s’implique dans bon nombre de dossiers dont celui de l’entreprenariat féminin, soutenant les jeunes promotrices en milieu rural qui réalisent des projets d’investissements.

Au Maroc, Nouzha Skalli est en charge du ministère du Développement social, de la Famille et de la Solidarité. Ancienne présidente de la Fédération nationale des syndicats des pharmaciens du Maroc, cette activiste de la cause féminine est entre autre fondatrice du Comité national pour la participation des femmes à la vie politique. Elle a par ailleurs contribué à plusieurs publications dont Droits des femmes au Maghreb : l’universel et le spécifique.

En Tunisie, la même responsabilité incombe à Bebia Bouhnek Chihi, ministre des Affaires de la femme, de la Famille, de l'Enfance et des Personnes âgées. Elle a occupé plusieurs fonctions au sein  du ministère des finances et au ministère de l'Industrie, de l'Energie et des PME, avant d'être nommée présidente directrice générale de la Société nationale de distribution des pétroles (SNDP, Agil). 

 

Représentation des femmes dans la vie publique et politique 

  ALGERIE 

 MAROC

  TUNISIE
Femmes membres du gouvernement 3 soit 7.8 %  5 soit 14.2 % 4 soit 9.5 %
Femmes dans les parlements nationaux 6.4 % 6.35 % 21.4 %

 

En fonction des particularités et de l’histoire spécifiques à chaque pays du Maghreb central, le genre féminin s’investit dans l’espace public. Au Maroc, la diplomatie est déclinée au féminin. Oumama Aouad Lahrech est l’un des ambassadeurs de la monarchie chérifienne. Précédemment directrice de l’Institut des études hispano-lusophones de Rabat, son parcours académique l’a conduite au Pérou où elle officie à présent en qualité d’ambassadeur. Assia Bensalah Alaoui, initialement professeur de Droit international, est pour sa part ambassadeur itinérant. Avec autant de verve et de pertinence dans le propos, elle n’hésite pas à plaider en faveur d’un plus juste équilibre dans les échanges Nord/Sud. Comme elle, quantité d’intellectuelles interviennent dans tous les champs disciplinaires. Soumaya Nouamane Guessouss, écrivaine et professeur universitaire de sociologie, a pour sa part choisi d’aborder sans tabou la sexualité féminine. Elle a été décorée du Wissam du mérite national de l'ordre de commandeur par le roi du Maroc, en 2009. 

En Algérie, les femmes ont payé un lourd tribut durant les années de terrorisme. Elles  s’investissent corps et âme aux côtés des hommes pour consolider le processus de cohésion sociale. A Alger, en avril dernier, elles étaient nombreuses à avoir répondu à l’appel de l’Organisation nationale des victimes du terrorisme (ONVT) et à témoigner en faveur de la Réconciliation nationale. Parmi elles, la sénatrice Zahia Benarous, la présidente de l’Organisation nationale des victimes du terrorisme Fatma-Zohra Flici, la secrétaire générale du Parti des Travailleurs Louisa Hanoune et la députée Saliha Djeffal. Avec détermination, les Algériennes œuvrent au développement économique et humain de la nation. Elles constituent plus de 50 % de l'effectif universitaire, plus de 60 % de celui du corps médical, et sont également plus de 30 % de magistrates et 55 % des journalistes.

 

Femmes d’Etat. Les Tunisiennes sont très présentes au sein des instances décisionnaires d’Etat. L’orientation telle qu’adoptée au lendemain de l’indépendance a été favorable à une participation pérenne des femmes à la conduite des affaires du pays. Au sein du pouvoir législatif, le taux de députées est passé de 11,5 % en 1999 à environ 23 % en 2004. Le pouvoir judiciaire comptait près de 30 % de femmes magistrates en 2005.

En 2004, pour la première fois dans l’histoire de la Tunisie, une femme a été nommée au poste de gouverneur. Quelque 32 % siègent parallèlement au sein des conseils régionaux.

Dans les partis politiques, les militantes ne manquent pas. Le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) a multiplié, au cours de la dernière décennie, les opportunités de participation des femmes, polarisant sur ces compétences qui constituent 30 % des effectifs.

Le Parti démocratique progressiste est quant à lui dirigé par une femme, Maya Jribi. Des Tunisiennes accèdent également à de hautes fonctions internationales. C’est le cas de Khadjia Zammouri-Ribes, directrice générale adjointe de l’UNESCO à Paris, depuis avril. D’importants efforts en direction de la scolarisation des jeunes filles ont été consentis pour qu’émerge cette élite maghrébine et se démocratise l’accès au savoir pour toutes. « Au regard de la situation de l'emploi des femmes à l'aube de l'indépendance, des progrès considérables ont été réalisés. La scolarisation et la formation sont les facteurs qui ont favorisé leur évolution ». L’assertion du ministère algérien chargé de la Famille et de la Condition féminine vaut pour les trois pays du Maghreb central. Incontestablement, les Algériennes, les Marocaines et les Tunisiennes sont sorties victorieuses de la nuit coloniale. 

Pour rappel, en 1960, soit quatre ans après l’indépendance du Maroc, seulement 4 % de cette catégorie de population était alphabétisée. Il en était de même en Tunisie, en 1956. Cinquante ans plus tard, plusieurs générations de Maghrébines se sont succédé aux affaires - qu’elles soient familiales, politiques, sociales, culturelle, économiques, éducatives, sportives ou artistiques. Tout n’est pas encore totalement acquis pour celles qui ont eu à s’émanciper d’une tutelle étrangère, et, dans le même temps, lutter avec témérité et obstination pour relever des défis économiques et sociétaux d’envergure au lendemain des indépendances. Néanmoins, quantité de combats sur le terrain de l’égalité des droits ont été remportés.

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Un bémol au Maroc. Si l’analphabétisme n’est pas éradiqué au Maroc (la moitié de la population féminine âgée de 10 et plus est non alphabétisée), ce taux devrait bientôt enregistrer une substantielle baisse. En 2008/2009, 89.9 % des filles de la classe d’âge 6-11 ans étaient en effet scolarisées (93,3 % de garçons), ce qui constitue une progression de plus de 15 points en 10 ans. De même, le taux de féminisation en deuxième année de baccalauréat était de 58,4 % en 2008-2009 et celui des lauréats du troisième cycle de l’enseignement supérieur universitaire de 52.3 % en 2007-2008.

 

Education et formation   ALGERIE   MAROC 

 TUNISIE

  

Taux analphabétisme femmes 29 50,8 31
Taux alphabétisation des 15/24 ans 2006-2008   89,1  68,4    94,9
Taux scolarisation 6/14 ans 90,6 77,4 94,7
Part des filles dans l’enseignement supérieur   57,7  52,3  59,5

 

La gent féminine contribue également à la croissance de l’économie et à la création de richesse. Dans les entreprises publiques et privées, les ateliers, les bureaux d’études et les administrations, les femmes bénéficient du statut de partenaire dans le processus de développement.

 

Femmes au travail. En Tunisie, ce sont les activités de services qui concentrent le plus grand nombre de main d’œuvre féminine, puis les industries manufacturières. Dans les instances syndicales et patronales, la femme tunisienne fait valoir ses droits. En 2002, elles étaient 12 % au sein du bureau exécutif de l’organisation patronale Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica, patronat tunisien). Concernant l’activité économique des Algériennes, son taux pointait à 17 % en 2007 - contre seulement 3 % en 1966. Près de 75 % de l'emploi féminin en Algérie est circonscrit aux villes. Il est de surcroît moins précaire que celui des hommes. Plus de la moitié des femmes occupées sont des salariées permanentes contre 41 % d’hommes. Les activités de services pourvoient aux deux tiers de leur emploi et l'agriculture procure un emploi sur dix.

 

 Emploi et chômage  ALGERIE   MAROC  TUNISIE
Taux d’activité économique 15 à 59 ans  15,4  25,8  25,2
Taux chômage16 à 59 ans   18,1  9,5  16,7

 

Le secteur informel. Au Maroc, en revanche, c’est le secteur de l’agriculture, de la forêt et de la pêche qui est le plus féminisé (39,1 % en 2009), puis celui de l’industrie (28,9 %). Seulement 1,7 % des femmes du monde rural sont au chômage contre 19,8 % des zones urbaines. Les citadines le sont néanmoins en plus faible proportion qu’en 1999 où 27,6 % de la population féminine était sans emploi (contre 20,3 % d’hommes). A cela s’ajoute la part des emplois « cachés » que le secteur informel génère dans l’industrie, les services, le commerce et le BTP. Elles sont 10,8 % à être employées dans ces secteurs et 9,9 % à diriger des unités de production informelles (UPI) non agricoles.

Il n’est quasiment plus aucun domaine où la femme maghrébine ne soit représentée. Elle est l’incontournable avec laquelle « l’homme Maghrébin » compose sa partition. En cela, elle est semblable en tous points aux autres femmes, a fortiori au moment où la mondialisation des échanges passe par les réseaux sociaux d’Internet. « Le monde virtuel  a en quelque sorte nivelé les différences » convient Fatiha Nouhou, journaliste pour la presse écrite marocaine féminine.

 

 

4 novembre 2010 4 04 /11 /novembre /2010 07:46

 

Algérie : Vivre pour la paix

 Paru dans New African - Septembre-Octobre 2010

 

 

L’Organisation nationale des victimes du terrorisme – ONVT – a réuni en avril, sous le haut patronage du Président de la République Abdelaziz Bouteflika, des personnalités connues pour leur engagement au service des droits humains. Pour la deuxième fois en deux ans, chacun a apporté sa contribution pour la promotion de la paix, de la justice et du développement humain. Il a ainsi été question d’éducation à la culture de la non-violence comme sédiment de la réconciliation, de l’islam comme vecteur de dialogue et de la lutte contre le terrorisme via la coopération internationale.

 

Des milliers de morts et de blessés. Des centaines de milliers de déplacés vers les villes. Des milliards de dollars de dégâts matériels. C’est l’insupportable bilan de la terrible décennie qu’a vécue l’Algérie, d’octobre 1988 à 1998. Pour sortir d’une situation d’extrême violence, les autorités ont alors instauré une loi sur la Concorde civile.

Le 1er février 1999, le candidat à l’élection présidentielle Abdelaziz Bouteflika présentait son programme qui était approuvé par référendum le 16 septembre de la même année, et mis en œuvre le 16 septembre 2001. Ce projet prévoyait l’exonération des poursuites contre les personnes impliquées dans des actions terroristes qui exprimaient leur volonté de cesser leurs activités criminelles, ainsi que leur mise sous probation et l’atténuation de leurs peines. La Charte pour la paix et la réconciliation nationale soumise à référendum en septembre 2005 renforcera le dispositif en faveur de la cohésion et constituera une étape supplémentaire dans la voie de l’apaisement.

Grâce à la solidité de ses liens, l’Algérie est enfin parvenue à combattre le terrorisme et à restaurer l’ordre sur son territoire. Depuis lors, elle n’a de cesse de réaffirmer son engagement en faveur de la paix. Le colloque international sur les victimes du terrorisme et la réconciliation nationale d’avril 2010, est une nouvelle victoire pour celles et ceux qui combattent pacifiquement la violence.

 

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Les femmes au-devant de la scène

Dans son allocution d’ouverture, Djamel Ould-Abbès, ministre algérien de la Solidarité nationale, de la famille et de la communauté nationale à l’étranger, a rendu un vibrant hommage aux femmes algériennes, saluant l’incessante lutte contre le terrorisme de celles qui se sont opposées à qui voulait renégocier leurs acquis. Le témoignage de Zahia Benarous, rescapée de ces années de cendres et de sang durant lesquelles elle fut la présentatrice du journal télévisé de 20 heures, attestera de l’horreur qui règnera. Elle devra sa survie à une djellaba et à des lunettes, des accessoires qui lui permettront de se fondre dans l’anonymat. Pour autant, la tension sera permanente. Son nom figurera parmi les cibles à abattre. La journaliste confirmera que la seule alternative envisageable était bien d’engager les terroristes à déposer les armes. La paix à présent recouvrée, elle poursuit son combat en siégeant à présent au Majlis el Ouma, en qualité de sénatrice.

Une autre femme d’une exceptionnelle vigueur a marqué de sa présence le colloque. Il s’agit de Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs. Elle défend pour sa part une résolution des conflits entre Algériens, sans immixtions extérieures, et constate qu’en termes de droits et de libertés, le processus est en marche. Nouria Hafsi, Secrétaire générale de l’Union nationale des femmes algériennes et Vice-présidente de l’Union des femmes africaines et des femmes arabes, a référé pour sa part au programme gouvernemental mis en œuvre dans la sphère économique et salué l’initiative consistant à soutenir les jeunes qui souhaitaient se lancer dans la création d’entreprise.   

 

L’Afrique aux côtés de l’Algérie

Nouréini Tidjani-Serpos, directeur adjoint de l’UNESCO, a rappelé que sur le plan éducatif, des programmes favorisant l’accès à l’enseignement de l’histoire de l’Afrique et à la culture de la paix étaient diligentés en direction des groupes vulnérables - que ce soient les jeunes chômeurs, les ex-combattants, les enfants des rues. Kenneth Johnson, président du Comité Europe Afrique, a précisé que l’Union africaine, dont il était porteur d’un message, s’activait pour lutter contre le terrorisme, agissant tant par le biais des instances d’évaluation par les pairs que par la mobilisation des décideurs sur le front économique et politique. Le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique – NEPAD – a également été cité en référence comme institution incontournable pour la prise en charge du développement humain, tout comme le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs - MAEP – auquel l’Algérie a du reste adhéré.

Kiflé Sellasié Beseat, ancien directeur du Fonds international pour la promotion de la culture (FIPC/UNESCO), a insisté sur le fait qu’il était fondamental que ce soit les victimes qui élèvent la voix pour condamner la violence, de sorte que s’institue le processus de réconciliation nationale.

Si l’amnistie telle que décrétée par les autorités est saluée par la société civile, l’impunité des criminels est en effet difficilement comprise par des femmes ayant perdu un proche parent. Elles réclament - pour le moins - une journée de commémoration nationale à la mémoire des victimes ainsi que la reconnaissance d’un statut pour les veuves avec les dédommagements requis. Ammar Belhimer, Maître de conférence à la faculté de droit d’Alger, a de son côté attiré l’attention sur la question des disparus, des enfants de victimes et sur le statut des patriotes et des Groupes de légitime défense (GLD) qui ont pris les armes contre les terroristes.

 

Comprendre pourquoi tant de violences…

A l’heure où le pays s’organise pour prendre en charge les victimes, des questions restent en suspens : comment et pourquoi a-t-on pu en arriver à un tel niveau de violence contre le peuple et l’Etat ? Qui a formé ces groupes armés ? On s’interroge de la même manière sur les raisons qui ont amené des pays occidentaux à héberger des commanditaires du crime et sur le silence assourdissant de la communauté internationale au moment où s’ourdissait le drame en Algérie. On rappelle que la nation avait lutté seule contre le terrorisme sans que quiconque ne lui prête secours.  Fatma-Zohra Flici, Secrétaire générale de l’ONVT, a ainsi déclaré en préambule que s’il était fondamentalement vital de rompre avec un esprit de haine et de vengeance, il était tout aussi essentiel d’en identifier les causes. Plusieurs hypothèses ont alors été avancées durant ces deux jours de colloque. Ont été mis en exergue par des conférenciers et des participants les éléments endogènes et exogènes considérés comme déclencheurs de la terrible tragédie vécue par l’Algérie. A commencer par les méfaits d’une mondialisation qui génère de l’injustice sociale en accentuant les disparités entre pays bailleurs de fonds imposant leur diktat et pays endettés. D’aucuns ont stigmatisé les échanges commerciaux qui se font au détriment des économies émergeantes, rappelant qu’à l’époque des faits, le prix des hydrocarbures était au plus bas et que l’Algérie n’avait pas de quoi acheter un bateau de blé. Elle dépendait des décisions du FMI. Les frustrations et les rancœurs qui en ont découlé ont conduit certains, et notamment les jeunes qui constituent 75 % de la population algérienne, au crime contre les Algériens pouvant apparaître comme injustement privilégiés parce que détenteurs d’un statut socioprofessionnel plus avantageux. Ils ont été en conséquence abattus par ces individus transformés en dangereux hors-la-loi ou instrumentalisés par des groupuscules promouvant un islam rigoriste engoncé dans un dogmatisme d’un autre âge. C’est dans ce contexte instable, quelques dizaines d’années seulement après la fin de la longue nuit coloniale, que des jeunes esprits échauffés par tant de précarité sont allés en découdre avec le pouvoir en rejoignant le maquis et en s’attaquant aux civils, aux institutions d’Etat et à leurs représentants.

Pour l’heure et avant que l’Histoire ne livre ses archives, les autorités et la société civile avancent dans le sens de l’apaisement et de la recréation d’un climat de confiance, ceci afin  de reconstituer peu à peu un tissu social fragmenté. La prise en charge des populations à risque, majoritairement des jeunes, se fait par la réinsertion socioprofessionnelle. Des emplois se créent grâce à l’accroissement de l’activité économique par le développement de l’industrie, de l’agriculture et des activités de services, et à la faveur des grands chantiers mise en œuvre sur l’ensemble du territoire.

Il reste encore à faire pour restaurer la paix civile. L’Algérie s’y emploie avec la détermination et le courage qu’on lui connaît.

 

4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 15:06


Rive nord, rive sud

 

 

En novembre 2007, à Marseille, la construction d’une Union méditerranéenne avait fait débat. Cette proposition avait été largement discutée par des diplomates, des universitaires et par des décideurs du monde économique des pays du pourtour de la Méditerranée. Compte-rendu de ces échanges.

 

 

 

En 2007, la capitale phocéenne accueillait les partenaires des rives nord et sud de la mer méditerranée pour que se croisent les points de vue et qu’émerge une réflexion sur les conditions de ce développement, et sur les relations avec l’Europe. Les contours de cet ambitieux programme avaient été esquissés lors de la conférence internationale Europe-Méditerranée organisée par l’Institut Aspen France et Italie. 

Partant du constat selon lequel « les relations entre l’Europe et les pays de la rive sud de la Méditerranée se caractérisent par un certain flottement... », il avait dès lors été question de savoir si une communauté des destins entre l’Europe et la Méditerranée était-elle souhaitée. 

Ce à quoi Juan Prat Y Coll, ambassadeur d’Espagne, avait répondu en affirmant que l’avenir de l’Europe se jouait au Sud. « Il faut que les pays européens se convainquent de cela ». Hassan Abouyoub, ambassadeur du Maroc, avait quant à lui posé comme préalable à l’émergence de cet esprit méditerranéen l’incontournable rencontre des pays riverains, en associant les entreprises, pour définir collectivement les projets à mettre en œuvre. Et en prenant soin de ne pas reproduire les erreurs du Processus de Barcelone.

« Nous avons besoin de l’Europe, de la technologie européenne, de l’investissement européen, mais dans une relation de parité, d’égal à égal. Réunissons-nous pour ensemble faire mieux que Barcelone... Créons un espace commun de connaissances et commençons à réguler l’employabilité des jeunes aussi bien au Nord qu’au Sud, plutôt que de parler d’immigration sélective. Si on nous ouvre le marché agricole, si on permet l’investissement étranger, on aura les deux points de croissance qui nous manquent pour générer les 30 à 35 millions d’emplois que nous devons créer sur la rive sud » déclarait-il quelques jours plus tard au micro de Brigitte Jeanperrin, sur France Inter.

Alain Le Roy, ambassadeur chargé du projet d’Union de la Méditerranée auprès du ministère français des Affaires étrangères et européennes, rappellait de la même manière qu’il faudrait investir davantage dans ces régions, en se mobilisant autour de priorités telles l’éducation et la culture, la coopération universitaire, l’emploi dans les zones rurales, le domaine économique et le secteur financier - via une agence pour les PME-PMI.  

 

 

Définir les contours de l’espace euro-méditerranéen...

 

Pour autant, ce projet de construction d’une Union méditerranéenne ne fut pas unanimement plébiscité par la totalité des partenaires. D’aucuns s’inquièteront du sort réservé au processus de Barcelone, a l’instar de l’Italie et de l’Espagne. D’autres encore comme l’Allemagne ou les Pays-Bas se sentiront de fait exclus, car non riverains, alors même que leurs intérêts dans cette zone sont importants.

Quant à savoir comment s’agenceraient les échanges entre l’Europe et la rive sud de la méditerranée, plusieurs propositions étaient avancées. Un dialogue 5 + 5 avec les pays du Maghreb et les cinq pays européens du bassin occidental de la Méditerranée (Espagne, Portugal, France, Italie et Malte), ou bien l’option 6 + 5 avec la Grèce et l’Egypte. Ou encore un schéma qui inclurait tous les états riverains de la Méditerranée. Pour certains, l’on pourrait tout autant déterminer un périmètre en fonction de projets communs, comme la pollution en Méditerranée, qui seraient définis avec l’Union du Maghreb Arabe, et ouverts à d’autres membres, dont les Etats non-riverains de la Méditerranée.

 

 

...et favoriser les conditions de sa réalisation

 

Mais pour réaliser ce projet d’Union méditerranéenne, tous s’accorderont à dire qu’il faudra résoudre les conflits endémiques qui galvanisent les tentatives de rapprochement entre partenaires méditerranéens. A commencer par le conflit israélo-palestinien ainsi que le problème du Sahara. « L’intégration d’autres régions ne pourra se réaliser si les conflits ne sont pas résolus, si la stabilité et la paix n’est pas instaurée. Et sur ce chapitre, l’Europe a une responsabilité » soulignera Bichara Khader, Directeur du Centre d’études et de recherches sur le monde arabe contemporain de l’Université catholique de Louvain-Belgique. Le propos sera corroboré par celui d’Abderraouf Ounaies, Professeur de relations internationales de la Faculté des sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis. Il engagera l’Union européenne à adopter une position constructive sur ces problématiques.

Omar Massalah de l’UNESCO et Hassan Abouyoub recommanderont la construction d’une union méditerranéenne des peuples - et non seulement des projets impulsés par les intellectuels ou le monde du business - en favorisant l’expression démocratique de la voix populaire.

La Turquie, par la voix de Ayse Nilufer Narli, présidente du Département de sociologie de l’université de Bahçesehir, rappellera que son pays pourrait impulser des projets « pour sortir de la marginalisation des groupes aux idées extrémistes, tant en Europe que dans ses frontières », à la condition que son pays ne soit pas « mis au coin ».

Khalid Oudghiri, ancien Pdg d’Attijariwafa Bank, insistera pour sa part sur l’importance du renforcement des infrastructures de base dans les secteurs des télécoms, de l’eau, de l’électricité, des transports, de la santé, de l’éducation, pour soutenir le développement économique de la rive sud du bassin méditerranéen. « De plus en plus de pays vont dépendre de la région Afrique du Nord-Moyen-Orient qui constitue un réservoir vital pour l’approvisionnement en pétrole de l’Europe. Les réserves sont là jusqu’en 2030. Des investissements colossaux doivent être consentis par les pays producteurs. Ils ne pourront faire face seuls. »

 

 

Le Maghreb, acteur de premier plan au sein de la Méditerranée

 

Enfin, certains proposeront la médiation du Maghreb pour relier les deux rives de Mare nostrum. « Il est grand temps que nous mettions en commun nos atouts pour faire de ce Grand Maghreb un acteur important entre l’Afrique et l’Europe » scandera Assia Bensalah Alaoui, professeur de droit international, ambassadrice itinérante du Maroc.

Le Maghreb est en effet bien positionné au Sud pour prendre le leadership des échanges avec l’Union européenne, et en particulier avec la France, ce que confirme Bichara Khader : « Les échanges globaux de la France avec les trois pays du Maghreb central  oscillent entre 21 et 22  milliards d’euros par an » confirme Bichara Khader. « Les étudiants maghrébins qui font leurs études supérieures en France se comptent par dizaines de milliers (entre 60.000 et 75.000) et la population originaire de cette région installée en France dépasse aujourd’hui probablement les trois millions de personnes. Les transferts de fonds de ces immigrés, par des mécanismes formels ou des voies informelles,  dépassent 4 milliards d'euros. »

Bichara Khader ne manquera pas de souligner que, réciproquement, le nombre de Français installés en Afrique du Nord est également important (près de 80.000 personnes). Il ajoute que  plus de mille entreprises françaises sont aujourd'hui actives au Maghreb, dont au moins 38 des 40  grandes sociétés du CAC 40. Sans oublier bien sûr les lycées français qui attirent des milliers d'écoliers au Maroc, en Algérie et en Tunisie. « Ces  chiffres sont révélateurs de l’intensité de la relation historique, culturelle et économique de la France avec ces pays, et de la nécessité d’une coopération renforcée » fera-t-il remarquer.