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Bio Express

  • : VERONIQUE NARAME - JOURNALISTE
  • VERONIQUE NARAME - JOURNALISTE
  • : Journaliste, je collabore avec la presse économique et la presse professionnelle. Je signe des portraits, articles, interviews, dossiers et ouvrages. A mon actif également, des reportages en Afrique du Nord et Afrique subsaharienne. En parallèle, je conçois et pilote des formations sur la communication interculturelle. Et effectue tous travaux rédactionnels, présentation et animation de conférences-débats. Contact : veronique.narame@free.fr | Twitter : @veroniquenarame
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LE CHOIX DE LA REDACTION

 

 

ALTERNATIVES INTERNATIONALES  n° 067

Juin 2015

       Boko Haram épuise le Cameroun

Par Véronique Narame
A Maroua et Minawao
 
couverture
                  

Depuis un an, le Cameroun fait face aux assauts meurtriers de la secte nigériane Boko Haram. Et contribue, depuis 2013, à l'accueil sur son territoire de 40 000 réfugiés nigérians dans le camp de Minawao.

 

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LE CHOIX DES INTERNAUTES

JUIN 2015

Algérie / Industrie électrique et électronique : Moderniser et restructurer

Algérie  / Maritime : L'Algérie combine mer et terre

Côte d'Ivoire / Socitech Groupe : Contribuer à la digitalisation de l'Afrique

Burkina Faso / Sibiri François Yaméogo, Styliste Modéliste

Algérie / Photo reportage au Salon international du livre d'Alger

Burkina Faso / Des infrastructures performantes pour l'industrie

 

 

18 mai 2015 1 18 /05 /mai /2015 05:54

 

Interview exclusive de Jean-Louis Borloo

Président de la Fondation « Energies pour l’Afrique »

 

« Le numérique est la clef de voûte du système de gestion et de paiement, notamment dans des énergies décentralisées ou cellulaires »

 

Paru dans CIO Mag – Avril/Mai 2015

 

Propos recueillis par Véronique Narame

 

 

Monsieur Borloo, vous annoncez la création d’une fondation pour l’énergie en Afrique. Qu’est-ce qui a présidé à cette décision ?

Dans moins de 30 ans, l’Afrique passera de un à deux milliards d’habitants. Ce choc démographique est peut-être notre plus grande chance ou notre plus grand drame. L’accès à l’électricité détermine l’accès à l’eau potable, à la santé, aux communications électroniques, à l’agriculture, à l’éducation, donc à la croissance. Or, à ce jour, les deux tiers du continent, soit 600 millions d’africaines et d’africains, n’ont pas d’accès à une prise de courant. D’ici 30 ans, l’Afrique devra nourrir, former, loger, guérir, employer un milliard de nouveaux habitants. A cette date, un quart des actifs de la planète seront Africains. La puissance de cette démographie est un atout formidable, un défi et une course contre la montre. 650 millions d’Africains ont un portable. Ils ont donc l’information. Les grandes migrations sont en marche vers la lumière. La lumière des métropoles africaines et la lumière des pays équipés, en priorité l’Europe. Il faut donc un plan massif, méthodique, organisé, pour que l’Afrique passe de 30 à 90 % d’accès à l’énergie afin de connaître un développement harmonieux sur l’ensemble du continent. Le but de notre combat est d’analyser les principaux points qui expliquent la situation actuelle et de leur apporter les réponses.

 

Comment va se matérialiser le projet ?

Via une agence unique africaine, d’administration publique, qui sera exclusivement dédiée à l’assistance technique. Elle subventionnera l’ensemble de l’équipement électrique du continent. L’agence sera dotée d’un financement exceptionnel international de 5 milliards d’euros par an, pendant 12 ans, et permettra donc un mixage avec les financements traditionnels par emprunts, que ce soit auprès des bailleurs internationaux ou via des fonds privés.

 

Quelles complémentarités vont pouvoir s’établir entre l’Afrique et l’Europe pour satisfaire aux besoins énergétiques du continent ?

La complémentarité, c’est l’appui en capacité d’ingénierie publique et technique, et l’apport de financements européens. Mais la vraie complémentarité, c’est de considérer qu’une croissance harmonieuse en Afrique est la meilleure réponse à l’immigration massive qui se dessine. Cette croissance constitue, du reste, le seul grand relais de l’Europe.

 

Dans quels domaines l’expertise et la technologie française pourront-elles être mobilisées ?

Un grand mouvement d’électrification de l’Afrique entraînera un grand mouvement de croissance avec notamment la création d’infrastructures. Il se trouve que dans les domaines énergétiques, agricoles et forestiers, au plan des infrastructures de transports et des biens de consommation, la France a des compétences toutes particulières. Si ce combat pour l’Afrique n’est pas une opération commerciale spécifique pour notre pays, à l’évidence l’économie française et ses entreprises auront un rôle majeur à jouer.

 

Quel rôle jouera en particulier le numérique dans le processus d’électrification de l’Afrique ?

Le numérique est évidemment la clef de voûte du système de gestion et de paiement, notamment dans des énergies décentralisées ou cellulaires. Le mix énergie et numérique est une évidence absolue. En conclusion, le digital a besoin de l’électricité.

 

Et dans la transition énergétique ?

La particularité de l’Afrique est d’être le continent qui a la meilleure performance en production d’énergies renouvelables, que ce soit dans le domaine de l’hydraulique, de l’éolien, de la géothermie, de la biomasse ou du solaire. C’est la faible densité du continent qui créé, en revanche, un coût de distribution et de maintenance extrêmement élevé. Les nouvelles technologies cellulaires permettent de le résoudre.

 

Monsieur Borloo, pourquoi miser sur la croissance de l’Afrique ? Quels sont les ressorts de votre motivation ?

Une étude pilotée par le Cercles des économistes explique que la croissance africaine, qui est actuellement de 5 %, devrait atteindre plus de 10 % dans l’hypothèse où le continent serait raisonnablement électrifié. L’élasticité de proximité permet d’établir une croissance marginale pour l’Europe de l’ordre de 2 à 3 %.

15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 13:19

 

ENTRETIEN

 

Brahim Alkhalil Hileou


Ministre de l’Energie et du pétrole du Tchad


 

 

La stratégie pétrolière expliquée

 

  

Paru dans African Business – Février-Mars 2013

 

 

CIMG2526.JPGLes recettes provenant de l'exploitation du pétrole représentent 75% du budget général de l'Etat tchadien. Bilan et perspectives d'un secteur en pleine expansion.

 

Quel est le potentiel pétrolier du Tchad ?

Le tiers de la superficie du Tchad est constitué de bassins sédimentaires qui, dans leur majorité, n’ont jamais été explorés. Les potentialités sont par conséquent énormes et les recherches pétrolières en cours ou en perspectives pourront nous donner une idée plus précise sur les réserves existantes. S’agissant de la promotion des blocs des bassins sédimentaire, le ministère de l’Energie et du pétrole a signé des contrats de partage de production avec PetroChad (Mangara), Griffiths Energy, Global Petroleum, S-A-S Petroleum, GTI Petroleum et United Hydrocarbon International Corp.

 

Combien de barils de pétrole sont quotidiennement produits ?

Près de 115 000 barils/jour. Esso Exploration and Production Chad Inc. (EEPCI) produit de 100 à 105 000 barils/jour d’hydrocarbures pour l’exportation. L’opérateur exploite les champs de Komé, Miandoum, Bolobo, Moundouli, Maikeri, Nya et Timbré, qui sont situés dans le bassin de Doba. La totalité de la production du pétrole brut est expédié vers les marchés internationaux via un pipeline de 1070 Km qui aboutit au Cameroun. La CNPC International (Chad) Co.Ltd. (CNPCIC) est active sur  les champs de Rônier et de Mimosa dans le bassin de Bongor, et fournit 14 000 à 15 000 barils/jour à la Société de la raffinerie de N’djaména (SRN). Les hydrocarbures extraits de ces deux champs sont destinés à la consommation locale.

 

Quelles sont les perspectives de production ?

Elle atteindra les 200 000 barils/jour à l’horizon 2014. En effet, la CNPCIC envisage la mise en production de deux nouveaux sites d’ici à la fin de l’année 2013, et les sociétés PetroChad (Mangara) et United Hydrocarbon International Corp. comptent faire de même.

 

Qui est chargé de la commercialisation ?

Depuis juillet 2012, nous avons opté pour la perception en nature de la redevance et c’est la Société des hydrocarbures du Tchad (SHT) qui est chargée de la commercialisation de la part de l’or noir appartenant à l’Etat. Auparavant, il avait été donné mandat à un consortium - dont étaient membres les sociétés Esso, Petronas et Chevron - de commercialiser le brut et de verser à l’Etat la redevance sur la production.

 

A combien s’élèvent les revenus pétroliers ?

Ils représentent environ 75% des recettes du budget général de l’Etat. Depuis le début de l’entrée en production, les revenus pétroliers tirés des activités de tous les consortiums ont généré environ 10 milliards de dollars. Selon les prévisions du ministère des Finances et du budget, la moyenne de ces revenus, sur la période 2012 à 2015, représentera 9,8% du PIB.

 

Comment sont gérées ces ressources pétrolières et que financent-elles ?

Les ressources pétrolières sont gérées avec la plus grande transparence conformément à la Loi 002/PR/2006, laquelle fixe les modalités de gestion des revenus pétroliers du Tchad. Un organe indépendant, le Collège de contrôle et de surveillance des ressources pétrolières (CCRSP), a été créé à cet effet. La loi prévoit de consacrer 65% des redevances et 70% des dividendes aux dépenses relatives aux secteurs prioritaires, et 30% des redevances et 30% des dividendes pour couvrir les dépenses de fonctionnement et d’investissement de l’Etat. Les 5% des redevances restants sont destinés aux collectivités de la région productrice.

 

Qu’est-ce qui a changé depuis l’ouverture en 2011 de la raffinerie de Djarmaya ?

Cette raffinerie de dernière génération, qui dispose d’une capacité de 20 000 barils/jour, permet de diversifier les sources d’approvisionnement en hydrocarbures et de ne plus dépendre exclusivement des pays voisins - en particulier du Cameroun et du Nigeria. L’infrastructure, qui a été construite en partenariat avec la République populaire de Chine, via la société Chinoise CNNPC, produit du gasoil, de l’essence, du jet, du pétrole lampant, du gaz butane, du fuel lourd et du polypropylène. Depuis son ouverture, le marché national est régulièrement alimenté et les pays voisins le seront également puisqu’une une partie de la production de la raffinerie sera exportée.

 

La demande énergétique intérieure est-elle satisfaite ?

Le secteur de l’électricité bat de l’aile depuis plusieurs années avec des conséquences sociales et économiques que tout le monde connaît. Les défis présents et à venir dans le domaine énergétique sont énormes. L’ambition de mon département est de mettre à la disposition des populations des villes et des campagnes de l’électricité de qualité et à moindre coût. Pour atteindre cet objectif, le Tchad doit reconstruire tout son réseau électrique, ce qu’il est en capacité de réaliser eu égard à ses moyens financiers. L’Etat vient par ailleurs d’abaisser de plus de 20% le tarif de l’électricité produite par les centrales thermiques fonctionnant au gasoil, dont le coût d’exploitation demeure élevé.

 

Quels sont les moyens mis en œuvre pour atteindre la sécurité énergétique ?

En termes d’investissements, il est important de noter les efforts réalisés par les autorités. Il y a dix ans, la production électrique tournait à peine autour de 20 MW, alors qu’aujourd’hui elle équivaut à 60 MW, auxquels s’ajoutent 20 MW provenant de la centrale adossée à la raffinerie de Djarmaya qui est destinée à alimenter les réseaux de la Société nationale d’électricité. Le gouvernement a par ailleurs lancé le projet de construction, à la périphérie de N’djaména, d’une centrale photovoltaïque de 100 MW et d’une centrale à gaz de 100 MW provenant du champ pétrolier de Sédigui. Pour transporter cette énergie jusqu’à la capitale, une ligne haute tension de 60 kV est en construction, ainsi qu’une boucle de 90 kv. Des travaux de réhabilitation et d’extension des réseaux électriques de la capitale sont en cours d’exécution. Ils sont financés par la Banque islamique de développement.

 

Le développement des énergies renouvelables est-il à l’ordre du jour ? 

La promotion des énergies renouvelables est devenue un axe prioritaire de la politique du gouvernement. La réalisation de projets contribuera à la lutte contre la pauvreté des zones rurales et urbaines. Le gouvernement s’est doté d’une vision stratégique dans ce domaine en organisant le Forum international sur les énergies renouvelables, ce qui a permis de capitaliser sur les expériences de pays et d’entreprises plus avancés en matière d’éolien, de solaire et de biomasse. Le ministère de l’Energie et du pétrole s’est d’ores et déjà engagé dans le processus de création d’une Agence de développement des énergies renouvelables qui sera chargée de la mise en œuvre  de la politique gouvernementale. L’objectif est de bâtir un programme ambitieux et cohérent dont la concrétisation est attendue.

 

Comment s’organise la coopération énergétique avec les pays de la sous région ?

Dans le domaine pétrolier, l’exemple le plus éloquent de la coopération sous-régionale au sein de la zone Cemac est la mise en place du pipeline de transport Tchad-Cameroun. Sur plus de 1 000 kilomètres, il transfert des hydrocarbures destinés aux marchés internationaux. C’est un outil précieux de coopération régionale et d’intégration économique.

Sur le plan énergétique, nous avons aussi des projets d’interconnexion électriques avec le Cameroun, ainsi que l’électrification transfrontalière des villes et villages.

Nous avons également signé un accord bilatéral avec la République du Niger pour la construction et l’exploitation d’un pipeline de raccordement. Il permettrait d’exporter le pétrole brut du bassin nigérien d’Agadem vers les marchés internationaux, via le système tchadien de transport des hydrocarbures. Nous attendons les études de faisabilité technique du projet de la partie nigérienne pour pouvoir avancer.     

 

 

 

Le poids des hydrocarbures dans l’économie


 

 

2008

 

2009

 

2010

 

2011

 

2012

 

2013

 

2014

 

2015

 

Moyenne

2012-2015

 

PIB Pétrolier

 

-9.4%

 

-4.8%

 

3.4%

 

1.5%

 

-0.5%

 

7.2%

 

24.6%

 

8.0%

 

9.8%

 

PIB hors Pétrole

 

7.2%

 

5.2%

 

16.3%

 

1.6%

 

10.4%

 

11.7%

 

9.6%

 

6.1%

 

11%

 

 

 

Repères

 

Années 1950 : début de l’exploration pétrolière

 

1962 : premier permis de recherche dans le bassin des Erdis au nord du Tchad

 

1969 : permis de recherche couvrant les bassins du lac Tchad, du Salamat, de Doséo, de Doba et de Bongor

 

1976 : découverte du champ de Sédigui et projet de construction d’un pipeline d’environ 340 kilomètres jusqu’à N’jjamena pour l’approvisionnement d’une mini-raffinerie

 

1989 : permis de recherche dans le bassin de Largeau

 

1999 : permis de recherche dans les bassins de Bongor, Doba et Salamat

 

2000 : construction de l’oléoduc Doba-Kribi (Cameroun)

 

2003 : exploitation des hydrocarbures du bassin de Doba

 

2006 : permis de recherche dans les bassins de Doba, de Doséo et du Lac Tchad

 

2011 : mise en exploitation du bassin de Bongor (sud-ouest)

 

Juillet 2011 : ouverture de la raffinerie de Djarmaya

 

 

18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 08:40

 

Pierre Rabhi

 


Expert international pour la sécurité alimentaire

 

 

 

Il faut cesser d’affamer les gens ! 

 

 

Paru dans African Business – Octobre-Novembre 2012

 

 

 

pierre_termiti_re.jpgFace aux proportions plus qu’alarmantes que prend la crise alimentaire dans la zone sahélienne, Pierre Rabhi, expert international, pousse un cri d’alarme. Propos recueillis par Véronique Narame

 

Dix-huit millions de Sahéliens sont en situation d’insécurité alimentaire. Quelle est votre réaction ?

Je suis en colère de savoir que des enfants meurent de faim et qu’on ne fait rien. J’en ai assez de cette société gavée, de ces « pousseurs de Caddies » des grandes surfaces. L’Humanité est abjecte. On accepte que des enfants puissent naître et mourir de faim, tandis que l’on fabrique des bombes. Tant qu’on s’occupera de la fabrication d’armes de destruction et qu’on passera la souffrance humaine par pertes et profits, on restera dans un cloaque.  

 

Comment en est-on arrivé à cette situation de crise au Sahel ?

Ce sont les larcins que nous commettons sur le dos des pauvres qui mettent les populations dans des situations pareilles. Il faut cesser d’affamer les gens ! On est dans la posture du pompier-pyromane. On ne peut pas continuer comme ça. On a confisqué à l’Humanité sa capacité de se nourrir par elle-même pour des raisons de profit. Pour faire entrer des devises, les pays colonisés sont devenus des producteurs de denrées exportables. Mais ils subissent la concurrence internationale sur les matières premières, on le constate pour le coton. Les cotonculteurs rentrent parfois dans leurs frais, mais ils sont généralement perdants.  

 

La région dispose pourtant d’importantes ressources agro-pastorales…

Oui, mais on a commencé à détruire le patrimoine nourricier, puis l’eau, l’environnement et enfin les consommateurs. Après la seconde guerre mondiale, des brigades sont allées endoctriner les paysans du Sud et former des agronomes à l’utilisation des engrais chimiques. La pétrochimie internationale a orienté en ce sens les savoirs et les savoir-faire. Les nitrates et les phosphates - initialement destinés à la guerre - ont été recyclés dans l’agriculture. Les paysans ont abandonné leurs connaissances traditionnelles pour produire plus en ayant recours aux engrais. Il faut également savoir que pour une tonne d’intrants fabriqués, il faut 3 tonnes de pétrole.

 

Quelles solutions existent à l’heure actuelle pour inverser la tendance ?

Il faut permettre aux paysans d’utiliser des méthodes agro-écologiques pour produire en quantité et en qualité. Cela consiste à reboiser, lutter contre l’érosion, utiliser des semences traditionnelles. L’agro-écologie a du reste été expérimentée avec succès. Elle était déjà au centre des préoccupations du président Thomas Sankara, dans les années 1980. Peu avant son assassinat, il m’avait demandé de réfléchir à une option écologique susceptible de libérer le pays de l’achat d’intrants. Je préparais un programme prévoyant notamment la formation de formateurs à l’agro-écologie.

Au Sahel, certains de mes élèves perpétue ces mécanismes via Terres et Humanisme, une structure que j’ai fondée avec des amis, et qui intervient dans les pays dits « en développement ». Cette initiative bénéficie de l’appui du Crédit coopératif, lequel réinvestit la moitié des intérêts du livret d’épargne Agir dans des projets solidaires.

 

 

Bio Express

Pierre Rabhi est né à Kenadsa, une oasis située près de Bechar, en Algérie, pays qu’il a quitté enfant pour la France. Il a travaillé à la sauvegarde de l’oasis de Chenini en Tunisie, ainsi qu’en Palestine, et à Gorom-Gorom, au Burkina Faso, dans les années 1980.

Pierre Rabhi est l’auteur de nombreux ouvrages dont L’offrande au crépuscule.

 

22 septembre 2012 6 22 /09 /septembre /2012 14:36

 

 

 

Trois questions à…

 

Jean Koulidiati


Ministre de l’Environnement et

 

du développement durable du

 

Burkina Faso

 

 

Paru dans African Business / Octobre-Novembre 2012

 

 

IMG-20120707-00052.jpgQuelle est la priorité, à l’heure actuelle, au Burkina Faso ?

La sécurité alimentaire. Nous sommes dans le même contexte que celui de la France à l’époque de la guerre, période durant laquelle la population a connu la faim. Nous voulons assurer la sécurité alimentaire et nous travaillons avec la société civile à la mise en place d’une politique audacieuse et créative de développement durable. Cela étant, quand on me dit que les OGM peuvent nourrir mon peuple, que dois-je faire ? Dois-je nous en priver ? Il faut être prudent. Nous avons une obligation de résultat immédiat.

 

Comment la politique de développement durable est-elle mise en œuvre ?

L’objectif est d’intégrer de nouveaux modes de production et de consommation pour mieux exploiter nos ressources. Nous encourageons la création, dans toutes les filières, d’organisations interprofessionnelles positionnées à l’interface entre les producteurs et les acheteurs afin de faire les prix plutôt que les subir. Il faut que l’échange soit gagnant-gagnant.

 

Comment entrevoyez-vous l’avenir au Burkina Faso ?

Quand on a décidé de vivre, il faut produire. Ce sera chose faite avec l’éducation au développement durable et grâce à l’émergence d’un nouveau type de gestionnaires et de décideurs capables de rationnaliser nos produits et notre consommation.

 


 

6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 11:43

 

Tiémoko Coulibaly : «Les similitudes entre l’Inde et l’Afrique sont bien plus grandes que les disparités».


 

Propos recueillis par Véronique Narame pour le magazine Réseau Télécom Network No 54



Tiémoko Coulibaly : «Les similitudes entre l’Inde et l’Afrique sont bien plus grandes que les disparités».

 

Tiémoko Coulibaly est le PDG d’Airtel. A 47 ans, cet Ivoirien est chargé du développement des télécommunications de l’opérateur indien Bharti sur l’Afrique francophone, un territoire qui englobe sept pays : Burkina Faso, République du Congo, République démocratique du Congo, Gabon, Madagascar, Niger et Tchad.


 

Que représente l'Afrique francophone pour l'opérateur indien Bharti ?

Tiémoko Coulibaly : Airtel est présent sur le continent depuis l'acquisition des actifs de Zain Afrique, en 2010. Il est positionné sur seize pays africains, dont sept de l’espace francophone. Sur tous ces marchés, nous sommes numéro un ou numéro deux. C’est un réservoir de croissance important pour le groupe Bharti. Nous comptons d’ailleurs aller à la conquête de nouveaux marchés en renforçant nos investissements et notre leadership dans les pays où nous opérons, et en intervenant sur de nouveaux territoires de la zone francophone. Notre ambition est d'être perçus comme la marque la plus appréciée et la plus connue du continent africain en 2015.


 

Quels sont les challenges à relever ?

TC : Nous aimerions démocratiser – ou plutôt généraliser – l’accès aux données et à l’internet sur le continent. Il existe un véritable engouement pour le haut débit mobile, qui continue de croître à un rythme exponentiel. Un rapport sur ces usages en Afrique a du reste été publié en juillet 2010 par Opera – un créateur de navigateur Internet norvégien. Celui-ci indique que le nombre de pages consultées a augmenté de 182% en 2009, et que le nombre de visiteurs uniques a connu une croissance de 124% sur la même période. Nous comptons à présent sur les gouvernements et les régulateurs dans les pays d’Afrique francophone pour nous aider à déployer cette technologie afin de réduire la fracture numérique.


 

RTN : Quels sont les objectifs d’Airtel en Afrique ?

TC : Si notre marque opère depuis peu sur le continent, elle n’en demeure pas moins déterminée à créer un impact positif sur le développement économique en offrant des services abordables et en élargissant sa couverture réseau. L’objectif est de toucher les populations qui vivent dans les zones rurales souvent peu desservies. Nous voulons contribuer à bâtir une infrastructure télécom en Afrique francophone, et faire en sorte que les clients puissent bénéficier d'un accès le plus économiquement avantageux à la téléphonie et à l’internet mobile.

Nous consolidons nos acquis sur les marchés où nous sommes déjà présents, et nous prévoyons également d’accélérer le développement du mobile au plan continental. Dans ce cadre, nous avons noué un partenariat avec IBM pour le déploiement et la gestion des technologies de l'information (TI). Ceci nous permet d’apporter des innovations de taille sur le marché africain, comme par exemple la technologie d’accès au web par la voix, laquelle permet aux utilisateurs de partager des informations à travers le réseau téléphonique existant. Cette application est particulièrement adaptée aux populations peu ou pas alphabétisées, aux malvoyants et à ceux qui n'ont pas accès aux ordinateurs.


 

Comment le transfert de compétences opère-t-il entre l’Afrique et l’Inde ?

TC : Nous investissons des ressources considérables dans le développement des capacités du capital humain tout en lui donnant des possibilités de progresser. Airtel Afrique a ainsi lancé un programme exceptionnel de transfert de personnel. En février 2011, une première vague d’employés est partie en mission au sein de différents départements de la société mère Bharti Airtel, en Inde. Le personnel africain a travaillé durant une année dans différents services, notamment le réseau, le développement d’infrastructures, les solutions pour les entreprises de taille moyenne, la vente et la distribution, les systèmes financiers, le marketing, et bien d’autres. Cette initiative n’est qu’une première étape visant à rapprocher nos équipes à l’international.


 

Selon vous, les Indiens réussissent-ils mieux leurs partenariats avec l'Afrique que certains autres concurrents ?

TC : Je ne puis parler des concurrents, mais en ce qui concerne Airtel, nous avons déjà initié un certain nombre de projets – comme celui du transfert des compétences que je viens de mentionner – qui contribuent véritablement à rapprocher les deux continents. Au-delà de ces programmes spécifiques, je pense que les similitudes entre l’Inde et l’Afrique sont bien plus grandes que les disparités. Ceci facilite l’acceptation de l’offre Airtel sur les marchés africains.


 

Qu'est-ce qui vous a particulièrement intéressé chez Bharti et comment concevez-vous l'avenir avec ce groupe indien sur l'Afrique francophone ?

TC : Bharti, actuellement sixième opérateur mobile au monde, est une vraie multinationale. C’est une entreprise de surcroît multiculturelle, qui concentre un véritable savoir-faire dans la téléphonie mobile, et en particulier dans les services à destination des populations à faibles revenus. L’Afrique bénéficie de ce savoir-faire.


 

Quelles sont les compétences requises pour occuper ce poste de direction au sein d'Airtel Africa ?

TC : Je fais partie de ceux qui croient et préconisent le leadership actif. Il faut adopter ce que nos amis anglo-saxons appellent « walk the talk », c'est-à-dire joindre les actes à la parole. J’encourage mes équipes à s’approprier les valeurs cardinales du groupe Bharti, qui tournent autour du professionnalisme et de l’esprit d’entrepreneur.


 

Quel est votre parcours, M. Tiémoko Coulibaly ?

TC : Je suis un produit de l’école ivoirienne, diplômé de l’Ecole de commerce ESCA. J’ai eu l’opportunité d’enrichir ma formation à la London Business School, et à l’International Institute for Management Development (IMD) en Suisse.

J’ai une longue expérience dans la direction stratégique et opérationnelle des entreprises, mais aussi dans le marketing et la vente en général. Avant de rejoindre Celtel International (actuellement Airtel), j’ai occupé différents postes de responsabilité au sein du Groupe Nestlé en Côte d’Ivoire, en France, en Afrique du Sud, au Gabon et en République démocratique du Congo. Puis j’ai été nommé directeur général de Nestlé Gabon, jusqu'à mon départ pour rejoindre le secteur de la téléphonie mobile.

En 2006, j’ai rejoint le groupe Celtel en qualité de Group Marketing Director Operations, et j’ai été nommé vice-président en charge des opérations francophones pour l’Afrique de l’Ouest. Celtel a par la suite été racheté par Zain, et depuis l’acquisition du groupe par Airtel, en 2010, je suis CEO (PDG), responsable de sept pays francophones (Burkina Faso, République du Congo, RD Congo, Gabon, Madagascar, Niger et Tchad).


 

Etes-vous un panafricaniste convaincu ?

TC : Si être panafricaniste veut aussi dire encourager le rapprochement des peuples, des pays, des économies et des cultures africaines, alors oui, j’en suis un. Je crois en l’Afrique. Je reste persuadé que le continent contribuera encore beaucoup plus à l’humanité et à la prospérité dans le monde. Pour ma part, j’essaye d’y contribuer, comme beaucoup d’autres, Africains ou non-Africains.


 

 

 

30 mars 2012 5 30 /03 /mars /2012 10:35

 

L’interview / François Hollande

 

Paru dans Les Afriques – 22 mars 2012

 

« Dans mon discours d’investiture, j’ai évoqué la nécessité de répudier

les « miasmes de la Françafrique »

 

Pour le candidat du Parti socialiste à la présidentielle française, seul un partenariat équilibré est pérenne entre la France et l’Afrique. Exclusif.

 

Les Afriques : Les échanges économiques, tels qu’ils opèrent entre la France et l’Afrique, vous semblent-ils satisfaisants ?

François Hollande : Ils progressent, mais devraient être supérieurs encore, en quantité et en qualité. Ne nous voilons pas la face : la part des matières premières reste massive dans ces échanges, qu'il s'agisse des importations françaises d’hydrocarbures ou des investissements nécessaires à son extraction. De même, le blé reste le premier produit d'exportation français vers l'Afrique ! Je m'en réjouis pour nos agriculteurs, mais ce qui serait souhaitable, c'est une diversification des échanges, au bénéfice des deux parties. Plus d'importation de produits manufacturés sur le continent, car c'est l'intérêt de l'Afrique, plus d'exportations de la part des PME françaises, qui restent en retard par rapport à leurs homologues allemandes ou italiennes.

 

LA : Comment pourraient-ils s’accroître ?

F.H : Pour les aider, la France doit avoir sur le continent un réseau solide d'appui aux exportations et aux investissements. Je souhaiterais d'ailleurs que soit menée une évaluation indépendante - par exemple dans le cadre du Parlement - de ce dispositif, dont la majorité sortante a entamé la privatisation. L'Afrique est le continent le plus proche du nôtre, c'est le plus grand marché en devenir à l'échelon mondial, j'entends que la France y reste un acteur économique majeur, dans un rapport mutuellement profitable.

 

LA : Dans quelles filières ?

F.H  :La France dispose d’une expertise internationalement reconnue en matière de développement durable. C’est vrai pour les métiers de l’eau, de l’énergie, de l’agro-alimentaire ou de l’exploitation durable des forêts. La France dispose également d’une expertise enviée dans les métiers de l’aménagement urbain, de l’assainissement, de la gestion des déchets, des transports, etc. Or, en 2030, un Africain sur deux sera citadin. D’ici là, la population urbaine d’Afrique doublera, pour atteindre plus de 600 M de personnes. Il s’agit du processus d’urbanisation le plus rapide qu’ait connu la planète. L’accompagnement de ce processus historique est donc un débouché naturel pour les entreprises françaises de petite, moyenne et grande taille, en parfaite complémentarité avec la politique de solidarité que déploie notre pays à travers, notamment, les interventions de l’Agence française de développement. Nos partenaires africains nous demandent cette expertise, qui mobilise les derniers savoir-faire disponibles. Nous aurions tort de ne pas nous mobiliser pour y répondre pleinement.

 

LA : Pensez-vous que les entreprises françaises auraient intérêt à davantage développer des partenariats avec l’Afrique ?

F.H : L’Afrique est un continent en pleine croissance, économique comme démographique. On attend un milliard d’habitants supplémentaires au Sud du Sahara d’ici seulement quarante ans ! Cette croissance représente un immense défi, car il faudra que des investissements publics considérables l’accompagnent, mais cela représente également un marché en pleine expansion, comme en témoigne, par exemple, l’explosion de la demande en matière de télécommunications. Il n’y a pas de raison pour que les entreprises françaises ne bénéficient pas des opportunités que présente le retour de la croissance économique en Afrique subsaharienne. Les instruments d’aide au commerce extérieur français sont là pour les accompagner, et je souhaite qu’ils puissent renforcer leurs services aux petites et moyennes entreprises françaises qui souhaitent développer des activités en Afrique.

 

LA : S’agissant de la Responsabilité sociale des entreprises françaises en Afrique, considérez-vous que l’investissement sur ce plan soit suffisant ? Que faudrait-il, le cas échéant, mettre en œuvre pour encourager des partenariats gagnant-gagnant ?

F.H :La France, ses entreprises et ses partenaires africains ont le même intérêt à un développement économique réel et durable – d’un point de vue environnemental et social – du continent africain. A quelques mois de la grande conférence de Rio +20 sur l’avenir de la planète, on voit bien que la réplication des succès économiques d’hier ne suffira pas : pays du Nord et du Sud, tous au pied du mur, sont désormais contraints d’inventer, conjointement, les modèles de croissance de l’avenir, plus inclusifs et plus économes en ressources rares. Je pense que nous devons faire plus, par exemple pour défendre le travail décent et des normes sociales élevées.

Enfin, puisque vous m’interrogez sur la responsabilité sociale des entreprises, je pense que certaines valeurs doivent être davantage défendues, notamment la transparence. C’est la raison pour laquelle je soutiens la campagne « Publiez ce que vous payez », mais aussi toutes les initiatives visant à ce que les grandes entreprises rendent publics leurs comptes détaillés par pays.

 

LA : Que pensez-vous de la Déclaration de consensus africaine pour Rio + 20, et notamment de la nécessité des « pays développés » - et les plus pollueurs - à allouer 0,7% de leur PIB aux « pays en développement », et de la nécessité de rechercher une solution pour l’annulation de la dette « des pays en développement », tel que l’a du reste souligné, Denis Sassou Nguesso, président de la République du Congo, le 8 février, à Lyon, lors du Forum francophone préparatoire à Rio + 20 ?

F.H  :Je ne peux être que d'accord avec de nombreux points de la déclaration de consensus, qui font d'ailleurs partie de mon programme : création de nouveaux indicateurs en plus du PIB, et soutien à la création d'une organisation mondiale de l'environnement (OME), notamment. L'UE a déjà proposé de s'engager sur 30 % d’émissions de CO2 en moins en 2020 par rapport à 1990, si d'autres pays prenaient des engagements, malheureusement elle n'a pas été suivie. Pour ma part, je soutiens cet objectif de -30% d'émissions de GES pour la France. Concernant l'aide au développement, parvenir à 0.7% constitue un engagement international de la France, que je m'efforcerai de tenir, même s’il faut souligner que l’effort réel de la France est aujourd’hui inférieur de moitié à ce chiffre. Depuis le sommet de la Terre de Rio en 1992, les écarts de richesse se sont malheureusement considérablement accrus entres les pays les plus riches et les plus pauvres, et à l'intérieur des pays même. Ces écarts sont inacceptables. Rio + 20 devra montrer une volonté forte d'évoluer vers un modèle de développement beaucoup plus juste et plus durable.

 

Quel devrait concrètement être l’apport de la France - et la mobilisation francophone - pour Rio + 20, en particulier vis-à-vis de l’Afrique ?

F.H : Un point essentiel de Rio+20 est de se donner les moyens d'une transition la plus rapide possible vers une économie verte au niveau mondial, conciliant les enjeux écologiques globaux et la lutte contre la pauvreté. C'est également un point fort de la déclaration de consensus africain. L'Afrique est particulièrement exposée au changement climatique et doit par ailleurs pouvoir bénéficier de tout le soutien possible pour aller vers un développement durable, qui ne nécessite pas de reconversion écologique ou énergétique dans quelques années. Ainsi, je suis favorable à ce qu’une partie des fonds additionnels, issus du produit de la taxe sur les transactions financières actuellement discutée en France et en Europe, soient affectés clairement à l'adaptation au changement climatique, à l'efficacité énergétique, et aux énergies renouvelables. Nous ferons également front commun avec l'Afrique sur le projet d'organisation mondiale de l'environnement (OME), et pour que les questions d'environnement et de développement soient étroitement liées.

 

De manière plus générale, pensez-vous que le continent africain souffre d’une mauvaise image à l’international, et, en particulier en France ?

F.H : L'image internationale de l'Afrique ne correspond sans doute pas à ce qu'elle est réellement. Elle continue à être bien souvent réduite à des clichés. Or, il ne fait pas de doute dans mon esprit que l'Afrique de 2012 n'est plus celle d'il y a vingt ans.

Si parmi 54 Etats, beaucoup gardent des économies fragiles et inégalitaires et quelques uns sont sous la coupe de régimes autoritaires, l'Afrique ne peut être assimilée entièrement à cela. C’est le continent de demain, celui qui va franchir les caps déjà atteints par l’Amérique du Sud et l’Asie du Sud-Est. C'est dans la décennie à venir que la croissance de l'Afrique doit s'accélérer pour permettre à la prochaine génération de trouver sa place dans la société. Le regard français sur l'Afrique n'échappe malheureusement pas toujours aux caricatures que j'ai évoquées. Chacun se souvient du tristement célèbre discours de Dakar et des clichés sur « l’homme africain », insuffisamment entré dans l’Histoire. Les lecteurs de Les Afriques à Abidjan, Dakar, Rabat et ailleurs sont la preuve vivante que l’Afrique bouge à toute vitesse. Mais les regards changent, et ces dérapages feront à leur tour partie de l’histoire. Les relations sociales qui, à tous les niveaux de la société, établissent des ponts de communication entre Français et Africains permettent une proximité réelle. Si je suis élu, je serai attentif à ce que ces échanges soient favorisés, notamment entre jeunes Français et jeunes du continent africain, afin qu’ils puissent regarder ensemble vers l’avenir.

 

Quelles sont les avancées significatives qu’il convient de souligner dans les relations entre la France et l’Afrique ?

F.H : Dans mon discours d’investiture, j’ai évoqué la nécessité de répudier les « miasmes de la Françafrique ». Je pense qu'en dépit des régressions enregistrées ces dernières années, les relations entre la France et l'Afrique sont nécessairement sur la voie d'un assainissement et d'une modernisation. Je veux surtout regarder vers l’avenir : une rénovation en profondeur des relations de la France avec l’Afrique est possible, et elle est attendue par de nombreux Français. A cause de l'histoire commune, à cause de la proximité géographique, les relations entre la France et l'Afrique ne seront jamais banales. Mais elles doivent être normalisées, sortir du paternalisme d’antan, être en phase avec l'Afrique d'aujourd'hui, qui est jeune et entreprenante.

 

Personnellement, que connaissez-vous de l’Afrique ? Quelles sont les valeurs promues par le continent africain qui vous inspirent ?

F.H : Ayant été pendant dix ans premier secrétaire du Parti socialiste, j'ai eu maintes occasions de travailler avec des Africains, par exemple dans le cadre de l'Internationale socialiste, ou de rencontrer des chefs d'Etat et de gouvernement du continent. Récemment, je me suis également rendu en Algérie et en Tunisie. Vous me demandez quelles valeurs présentes en Afrique m'inspirent. Il est toujours délicat de faire des généralisations : à l’échelle d’un continent elles se révèlent souvent abusives. Le titre de votre publication invite d’ailleurs à respecter la diversité du continent africain. Mais puisque vous m’y invitez, je pense qu’une valeur assez partagée est celle de la solidarité, qui est une qualité que beaucoup reconnaissent aux Africains ce qui ne me déplaît évidemment pas. Je pense aussi à la persévérance et au courage qui caractérisent les populations de pays où le revenu reste souvent insuffisant et le quotidien difficile. Le regard que je porte sur le continent est donc foncièrement positif et optimiste, avec des défis nombreux qui restent devant nous.

 

17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 15:16

 

Entretien avec François Hollande

 

Paru dans L’Essentiel des relations internationales

Février/Mars 2012

 

Propos recueillis par Véronique Narame

Crédit photo : Véronique Narame ©

 

Algerie-SITEV-Decembre-2010-070--190--002.jpgA quelques semaines du premier tour de l’élection présidentielle du 22 avril, entretien  exclusif avec le candidat François Hollande, qui s’exprime sur les grandes questions internationales et sur la manière dont il présiderait aux destinées de la France, en cas de victoire, le 6 mai prochain.   

 

 

L’Essentiel des relations internationales : La campagne présidentielle se déroule sur fond de crise, tant sur le territoire national qu’en Europe et à l’international. Dans ces conditions, comment la France pourra-t-elle conforter sa position sur l'échiquier économique européen et mondial, et qu'entend-elle mettre en avant pour maintenir son cap ?

M. François Hollande : Nous vivons des temps troublés. Notre pays, mais aussi l’Europe sont confrontés à la plus grave crise depuis la Seconde Guerre mondiale, tandis que les nouveaux équilibres mondiaux peinent à émerger.

Cette situation, il faut la regarder avec lucidité - gravité même - mais il nous faut aussi retrouver la voie de la confiance. Car la France dispose d'atouts réels pour maintenir son rang et, au-delà, renforcer sa position en Europe et dans le monde. Ce qu'elle a perdu, c'est la volonté politique nécessaire pour donner le cap. Pour retrouver ce cap, il lui faut un nouveau capitaine ! Et trois priorités.

Il faut redresser le pays par un nouveau pacte productif et un investissement sur notre jeunesse. Il faut redynamiser l'Europe en sortant de la crise actuelle par le haut, par une relance de la croissance, un approfondissement de l'intégration européenne et une réappropriation par les peuples européens de leur destin collectif. Il faut enfin tirer les leçons de cette situation pour construire de nouveaux équilibres mondiaux. Cela requiert de changer la donne par une reprise du contrôle politique sur la finance internationale, une mise en place du juste échange et par une réforme de la gouvernance mondiale.

La France, moteur incontournable de la construction européenne, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, a des marges de manœuvre et une éminente responsabilité. Du redressement du pays, de la relance de l'Europe et du rééquilibrage de la mondialisation dépendent notre avenir.

 

Que doit entreprendre, selon vous, le Fonds monétaire international pour restaurer les équilibres et comment ajusteriez-vous vos vues avec Christine Lagarde, directrice du FMI, si d’aventure vous étiez élu ?

Le Fonds monétaire international a la responsabilité d'une réforme profonde du système monétaire international. Cette réforme est rendue difficile par la crise mais elle demeure impérative. Le Fonds doit également contribuer au renforcement de la régulation de l'économie internationale, dans un sens favorable à l'équilibre et à la croissance. Pour cela, nous avons besoin d'un FMI actif et innovant dans lequel l'Europe doit pouvoir défendre pleinement ses intérêts. J'entretiendrais ainsi des relations de travail exigeantes et ambitieuses avec Madame Lagarde, personnalité respectable, en dépit du fait que nous ne partageons pas les mêmes convictions politiques.

 

Quels types d’échanges et de partenariats entreverriez-vous avec les cinq puissances émergentes qui constituent les Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) ?

Les grandes puissances « émergentes » sont aujourd'hui dans une très large mesure « émergées ». Elles pèsent de plus en plus dans les équilibres mondiaux et souhaitent  affirmer leur rôle politique sur la scène internationale. Ce groupe, hétérogène dans les prises de position, partage cette volonté commune. Elle est parfaitement légitime.

Alors que la plupart des grands défis économiques, environnementaux et sociaux sont devenus globaux, la France et l'Union européenne ont tout intérêt à établir des partenariats étroits avec ces puissances devenues incontournables. Des partenariats ambitieux et exigeants, fondés sur la réciprocité et sur la construction de nouveaux équilibres mondiaux, dans le respect de nos intérêts et de nos valeurs. Et qui devront s'inscrire dans le cadre multilatéral du G20 et des Nations Unies. Dans leur définition, nous devrons avoir pour objectif de rééquilibrer la mondialisation et de mieux promouvoir la démocratie et les droits de l'homme.  

 

La France restera-t-elle, avec François Hollande, l'un des premiers contributeurs de l'OTAN ?

L'OTAN, dont le cœur de métier est la défense collective de ses membres, restera le lieu privilégié des actions militaires conjointes qu'Américains et Européens voudraient à l'avenir conduire ensemble. La France, qui porte des responsabilités importantes au sein de l'Alliance, respectera à l'évidence pleinement ses engagements internationaux.

S'agissant de la réintégration dans le commandement militaire intégré décidée unilatéralement et sans contrepartie convaincante en matière de défense européenne par Nicolas Sarkozy, je me réserve la possibilité, si je suis élu, d'en conduire une évaluation objective afin de définir les orientations pour l'avenir.

 

L'intervention politique et économique de l’Hexagone, telle qu'elle est menée par le président Sarkozy, notamment en Afrique, sera-t-elle sur la même lignée avec vous ? Si non, quelles seront les différences majeures ?

Nicolas Sarkozy disait en 2007 vouloir une « rupture » avec le passé de la politique africaine de la France. Mais cette rupture n'a pas eu lieu. Tout au contraire. Du terrible discours de Dakar sur « l'homme africain » au maintien des réseaux occultes, tout a montré au cours des cinq dernières années une lecture archaïque de nos relations, aveugle aux évolutions politiques et économiques profondes que connaît aujourd'hui le continent africain.

Ma politique à l'égard de l'Afrique sera profondément différente de celle de Nicolas Sarkozy. Je mettrai un terme aux attitudes condescendantes, aux rapports de domination, d'influence et d'affairisme. Je ne m’érigerai pas en donneur de leçons mais je défendrai l’idée que la démocratie, les valeurs de progrès et de liberté valent partout dans le monde et aussi en Afrique.

Je construirai avec les pays africains des partenariats entre égaux fondés sur la reconnaissance pleine et entière des gouvernements démocratiquement élus et le renforcement de nos liens en faveur du développement car l'Afrique est un continent d'avenir. J'accorderai une priorité à l'Union africaine, qui porte une responsabilité éminente pour la stabilité et le développement du continent.

 

Par un hasard du calendrier, les élections présidentielles françaises ont lieu l’année du cinquantenaire de l'indépendance de l’Algérie. Comment s’engageront les relations avec ce pays dans ce contexte particulier ?

Si je suis élu, je souhaite que l'année 2012 soit celle d'un nouveau départ pour les relations entre la France et l'Algérie, un pays que j'aime et où je me suis souvent rendu. Nous sommes deux Etats au cœur des relations internationales et des enjeux actuels, sur les deux rives de la Méditerranée. Nous devons être capables de parler du passé avec courage mais nous avons aussi et surtout besoin de construire l'avenir avec ambition. Nous le devons tout particulièrement aux jeunesses de France et d'Algérie.

 

Au plan national, quelles lignes faudrait-il bouger pour que la nation française affiche plus franchement sa diversité ? Vous inspireriez-vous, sur ce chapitre, du modèle américain ?

La France n'a aucun complexe à avoir en ce qui concerne sa diversité. Tout au contraire, c'est une chance exceptionnelle, qui est au cœur même de notre modèle républicain. Il ne s’agit donc pas d’importer tel ou tel modèle mais bien de revenir à ce qui fait le cœur du modèle français, fondé sur le respect absolu de la diversité dans le cadre des valeurs de liberté, d'égalité, de fraternité et de laïcité.

Pour cela, nous devons le débarrasser des débats stériles sur l'identité nationale et lui donner les moyens de fonctionner. Je pense notamment à l'école, à l'accès à la formation, à l'emploi, au logement, à la lutte résolue contre toutes les formes de discrimination. Car c’est au cœur des discriminations que se forgent les ressentiments et l’exclusion.

 

Quelles sont les valeurs françaises qui s'exporteront le mieux à l'étranger avec François Hollande ?

La France n'exporte pas ses valeurs. Elle les porte, elle les défend, elle les partage. La démocratie, les droits de l'homme, la liberté, appartiennent à notre héritage et construisent aujourd'hui l'Histoire, comme le Printemps arabe le montre. Nous devons les défendre avec force et sans compromis.

La France a également vocation à retrouver, dans sa diplomatie, le sens de la concertation, du multilatéralisme et de l'ambition européenne, que Nicolas Sarkozy a perdu de vue.

 

17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 14:10

 

Renforcer la cohésion sociale

 

Paru dans Arabies – Mars 2012

 

45186540.jpgHaut Commissaire au Plan depuis 2003, avec rang de ministre, l’économiste Ahmed Lahlimi Alami fait le point sur la situation du royaume chérifien.

 

Quelle est la situation économique au Maroc en ce début d’année 2012 ?

Face à la crise internationale, l’économie marocaine a fait preuve, en 2011, de la même capacité de résilience que depuis 2008. La croissance devrait atteindre 4,6%, approchant ainsi le niveau moyen (4,8%) enregistré au cours de ces cinq dernières années. Le taux d’investissement, de l’ordre de 35% du PIB, reste soutenu. Le processus mis en œuvre depuis une dizaine d’années dans le cadre de partenariats entre capitaux publics et privés - nationaux et étrangers - a continué à profiter aux infrastructures économiques et sociales, aux zones urbaines et rurales, ainsi qu’aux activités de production et de services.

Une partie croissante des investissements a été mobilisée, au profit notamment d’équipements sociaux et de projets d’activités économiques générateurs de revenus, qui s’inscrivent dans le vaste programme d’Initiative nationale de développement humain (INDH). Ils sont destinés à améliorer les conditions de vie des citoyens, en particulier les jeunes et les femmes des communes rurales et des quartiers urbains les plus défavorisés.

La diversité régionale des investissements a permis la relocalisation de l’économie, ce qui a contribué à l’amélioration de la croissance et à la création d’emplois, tout en réduisant d’autant la pauvreté ainsi que les inégalités sociales et territoriales. Trois régions parmi celles qui étaient les plus pauvres ont ainsi vu leur contribution au PIB augmenter significativement en cinq ans.

 

Concrètement, comment cela se traduit-il  ?

Dans ces conditions, le chômage se situe aujourd’hui à moins de 9%. Le revenu disponible des ménages a quant à lui progressé de 6% et le pouvoir d’achat de 4%. Quant à l’inflation, elle se maintient au niveau de 2%. Le taux de pauvreté relative a enregistré une baisse de plus de 9% en 2007, contribuant pour la première fois à stabiliser les inégalités sociales. Selon les évaluations fournies par le Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud) et le Haut-Commissariat au Plan (HCP), le Maroc est en position favorable pour figurer parmi les rares pays à réaliser, à l’échéance de 2015, les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Au total, comme par le passé, le modèle de croissance reste tiré par l’investissement et la consommation intérieure. Les ménages voient ainsi leur revenu et leurs conditions de vie s’améliorer.

Toutefois, à défaut d’une offre nationale exportable à un rythme suffisant pour limiter le déficit de la balance commerciale, la demande intérieure a tendance à détériorer les équilibres internes et externes du pays. Le solde courant de la balance de paiement a connu un revirement, à partir de 2007, avec un déficit croissant qui est passé de 0,1% du PIB à 7% en 2011. Avec une dette publique directe représentant 55% du PIB – dont 23% de dette extérieure -, les capacités de financement de l’économie nationale n’ont pas pour autant été compromises par les effets de la crise économique mondiale.

 

Quels sont les développements attendus, à l'horizon 2012, et les challenges à accomplir ?

La grave crise financière que connait le monde depuis 2008, avec ses conséquences économiques et sociales dans les pays occidentaux, constitue une source potentielle de difficultés pour notre pays. Cela dit, le Maroc ne manque pas d’atouts pour consolider les facteurs de résilience que recèle son économie face à une situation encore difficile à circonscrire. En 2012, les investissements programmés dans les secteurs à fort potentiel de valeur ajoutée et de capacité d’exportation seront en conséquence poursuivis. Le dynamisme de la consommation intérieure sera maintenu, les ressorts de la croissance économique et du développement humain seront confortés. Cette même année verra la mise en application des dispositions de la nouvelle Constitution, laquelle favorisera la démarche de démocratie participative – au plan national et régional - et aura vocation, in fine, à devenir un facteur non négligeable de relance de l’activité économique et sociale du pays. En faisant du respect des équilibres macroéconomiques une obligation constitutionnelle, ces dispositions mettent par ailleurs la gestion des finances publiques à l’abri de tout dérapage préjudiciable à sa « soutenabilité ». Dans ce nouveau contexte constitutionnel, le Maroc ne manque pas de défis à relever, a fortiori du fait de la crise - que connaissent notamment les partenaires européens - et des contraintes y afférentes.

 

Quels sont les défis à relever ?

L’objectif d’une croissance forte et durable reste, bien entendu, l’impératif catégorique pour créer de l’emploi et assurer les revenus nécessaires à l’amélioration des conditions de vie des citoyens. Le pari consiste à répartir de manière équitable les fruits de la croissance pour renforcer la cohésion sociale. Cela implique des efforts pour que les richesses soient également distribuées entre les territoires et les catégories sociales. De même, il convient de sauvegarder la compétitivité de l’économie nationale, afin que les générations futures puissent disposer d’un niveau de vie au mois égal à celui de leurs parents. A cet effet, trois grandes questions s’invitent dans toute évaluation de ces perspectives.

La première porte sur la difficile problématique que posent les subventions budgétaires destinées à soutenir les prix, sur le marché intérieur, des produits énergétiques et alimentaires importés. Il faut remarquer que tout le monde s’accorde à dénoncer la perversité économique et sociale des subventions, qui interviennent dans un contexte de hausse structurelle des prix internationaux de ces produits. Leur part dans le PIB est ainsi passée à une moyenne de 1,8% sur la période 2000-2007, à 5,5% en 2011.

La deuxième grande question qui se pose aujourd’hui est celle de la nécessaire et urgente réforme du système des retraites. Dans une situation de transition démographique - et face aux prévisions de l’évolution du marché du travail -, les déficits structurels croissants de ce système menacent dangereusement la solidarité intra et intergénérationnelle.

La troisième question est celle que pose l’impératif d’une évaluation rigoureuse de la gestion des investissements publics, notamment au niveau de la réalisation et du rendement interne. Ce qui renvoie, plus globalement, à l’efficience de la gouvernance économique du pays. Par ces exemples de défis à relever, vous voyez donc que la législature qui commence en 2012 aura à traiter des questions dont les enjeux revêtent une dimension sociétale qui implique l’adhésion démocratique de l’ensemble de la collectivité nationale.

 

Quelle est votre analyse concernant la crise mondiale et celle de l'Euro ?

On sait que des certaines grandes puissances économiques ont longtemps financé, par un endettement public excessif, un modèle de consommation sans  rapport avec le niveau de création de leurs richesses nationales. Ces Etats se trouvent aujourd’hui otages des marchés financiers. Ils en sont réduits à des politiques de restriction budgétaire qui brident la croissance mondiale. Cela peut compromettre les capacités de développement de leurs partenaires figurant parmi les pays les moins dotés de ressources stratégiques.

Près de 70% des échanges commerciaux du Maroc s’effectuent avec la zone euro. Dans ce contexte, le pays ne peut qu’être fortement préoccupé par la situation de l’Union européenne. Cela vaut aussi pour la quasi-récession qui menace – ou qui frappe déjà -  ses partenaires. Le Maroc est d’autant plus préoccupé que le Vieux Continent est fortement tenté par des mesures économiques et sociales qui confinent à des formes déguisées de protectionnisme, dans le but de décourager la mobilité des capitaux et de restreindre celle de  la main d’œuvre étrangère. Et cela, en flagrante contradiction avec les principes d’ouverture et de libre échange dont les Européens sont les chantres. Des principes auxquels ils ont fortement encouragé leurs partenaires du Sud à souscrire.

Les grands idéaux de compétitivité partagée et de destin commun qui ont présidé au processus de partenariat euro-méditerranéen - que devait consolider le grand projet d’Union pour la Méditerranée (UpM) - sont passés au dernier rang des préoccupations européennes, sans parler de celles de leurs opinions publiques. On peut le déplorer… Il faut cependant rester convaincu que, entre les deux rives de la Méditerranée, le poids des rapports historiques, humains et économiques continuera à être le ressort d’une solidarité durable. Tout autant que les enjeux géostratégiques et sécuritaires.