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Bio Express

  • : VERONIQUE NARAME - JOURNALISTE
  • VERONIQUE NARAME - JOURNALISTE
  • : Journaliste, je collabore avec la presse économique et la presse professionnelle. Je signe des portraits, articles, interviews, dossiers et ouvrages. A mon actif également, des reportages en Afrique du Nord et Afrique subsaharienne. En parallèle, je conçois et pilote des formations sur la communication interculturelle. Et effectue tous travaux rédactionnels, présentation et animation de conférences-débats. Contact : veronique.narame@free.fr | Twitter : @veroniquenarame
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LE CHOIX DE LA REDACTION

 

 

ALTERNATIVES INTERNATIONALES  n° 067

Juin 2015

       Boko Haram épuise le Cameroun

Par Véronique Narame
A Maroua et Minawao
 
couverture
                  

Depuis un an, le Cameroun fait face aux assauts meurtriers de la secte nigériane Boko Haram. Et contribue, depuis 2013, à l'accueil sur son territoire de 40 000 réfugiés nigérians dans le camp de Minawao.

 

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LE CHOIX DES INTERNAUTES

JUIN 2015

Algérie / Industrie électrique et électronique : Moderniser et restructurer

Algérie  / Maritime : L'Algérie combine mer et terre

Côte d'Ivoire / Socitech Groupe : Contribuer à la digitalisation de l'Afrique

Burkina Faso / Sibiri François Yaméogo, Styliste Modéliste

Algérie / Photo reportage au Salon international du livre d'Alger

Burkina Faso / Des infrastructures performantes pour l'industrie

 

 

17 décembre 2009 4 17 /12 /décembre /2009 14:32

L’autre énergie du monde arabe

 

Véritable manne financière pour de nombreux pays arabes, le gaz constitue un complément idéal à l’or noir. Exemple avec la situation de l’exploration gazière, en Algérie et en Libye.

 

 

 

Le gaz est avec le pétrole, une énergie fossile incontournable autant qu’essentielle au développement des économies. Car avant que les énergies renouvelables ne soient plus mécaniquement usitées, il faudra bien satisfaire les besoins immédiats en combustible de la planète avec des  hydrocarbures. En limitant autant que possible les émanations de CO2 par l’option gaz, précisément moins polluante. Et dont les réserves sont a fortiori plus pérennes et plus considérables que celles du pétrole. Selon BP, ces mêmes réserves de gaz naturel sont en effet estimées à près de soixante ans. Il s’en trouve du reste une proportion appréciable dans la zone Mena –Moyen-Orient et Afrique du Nord.

Les pays arabes, en général, et le Maghreb, en particulier, sont en effet détenteurs du précieux sésame. A l’heure où son commerce et sa distribution sont au cœur d’enjeux géostratégiques d’importance au sein de l’espace européen, l’ouverture des vannes du gaz produit par les pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord pourrait bien constituer une alternative de choix au grand consommateur qu’est l’Europe. Et pas seulement.

 

S’agissant du gaz naturel, les pays arabes possèdent – dixit Nicolas Sarkis, directeur du Centre arabe d’études pétrolières et de la revue Pétrole et gaz arabes – près du tiers du total mondial des réserves prouvées. Au sommet du classement de ces États arabes : le Qatar, qui devrait de surcroît devenir, selon Francis Perrin, directeur de la rédaction de la même revue, le numéro un mondial des exportations de Gaz Naturel Liquéfié (GNL). « D’ici à 2010, nous devrions exporter environ 42 millions de tonnes de GNL par an à destination des marchés d’Europe, d’Asie et d’Amérique du Nord », diagnostique pour sa part Qatargas, pionnier de l’industrie du GNL dans l’émirat. Pour l’heure, Doha détient 14 % des réserves mondiales, ce qui lui permet d’accéder au trio de tête des pays dépositaires de 56 % des ressources gazières du monde, avec la Russie en pole position et l’Iran en deuxième place.

Au « Top 16 » des autres sources de gaz, la palme revient à l’Arabie Saoudite, suivie des Émirats arabes unis. L’Algérie succède aux États-Unis, dont la production décline, et au Nigeria, ce qui confère à Alger le 2è rang sur le continent africain et le 3è mondial, en termes d’exportation. L’Irak arrive après le Venezuela puis vient l’Égypte. À la 21e position à l’échelle mondiale et à la 3e sur le continent africain, se trouve la Libye. Ses imposantes réserves permettent d’escompter le doublement de la production, dans les prochaines années. Notons également que le Yémen et Oman sont récemment entrés dans le « club » des exportateurs.

La rente gazière constitue à l’évidence une manne pour ces pays arabes. Les experts de l’Agence internationale de l’énergie estiment ainsi qu’entre 2004 et 2030, la part de cette énergie exportée par ces mêmes pays devrait tripler. A fortiori au moment où la dépendance des gros clients (notamment Europe et Etats-Unis), va s’amplifiant et où les besoins du Japon, de la Chine et de l’Inde vont crescendo. Tributaire à 40 % de l’étranger, l’Europe devrait importer 60 % de sa consommation gazière, d’ici à 2020. Pour l’heure, le quart de son approvisionnement provient de l’Algérie (l’un de ses trois principaux fournisseurs), pays dont les principaux clients sont la France, l’Allemagne, l’Italie avec 36 % des importations de gaz en 2007 et l’Espagne. La capitale ibérique se fournit également en Libye – laquelle exporte principalement en Europe, notamment en Italie, en France (via Gaz de France), en Allemagne et en Suisse.

 

Le gaz algérien et libyen. Pour honorer leurs carnets de commandes et garantir le stock d’énergie nécessaire au bon fonctionnement des économies, l’Algérie et la Libye ont optimisé le processus industriel via leurs compagnies nationales.

La Sonatrach est la 1re entreprise du continent africain,  le 2e exportateur de GNL et de GPL et le 3e exportateur de gaz naturel. Elle opère de bout en bout de la filière (exploration, R&D, production, forage, engineering, liquéfaction, stockage, transport par canalisation et commercialisation), et intervient à l’étranger – notamment au Yémen, au Pérou, au Venezuela et en Espagne.

L’autre opérateur majeur dans le domaine de la fourniture des énergies électriques et gazières est Sonelgaz.  Ses missions principales sont « la production, le transport et la distribution de l’électricité ainsi que le transport et la distribution du gaz par canalisations », précise le groupe industriel, composé de 29 filiales et qui emploie 40 000 personnes.
Quant à la Jamahiriya libyenne, son industrie dépend de la National Oil Corporation (NOC), qui contrôle l’ensemble des activités liées au secteur.

Des firmes internationales sont parallèlement positionnées sur les filières algérienne et libyenne, assurant une partie de l’exploitation et des investissements afférents à l’exploration, au raffinage et au transport et à la distribution par gazoducs interposés. En effet, avant d’alimenter la gazinière des cuisines de Nantes ou de Berlin, les chaudières des logements ou les centrales électriques des usines, la gaz doit subir une série d’opérations. En commençant par la première : la prospection de la matière première. S’ensuit l’extraction du sol ou des fonds marins, le traitement, la transformation puis le stockage et, enfin, la distribution aux utilisateurs. Le transport s’effectue des pipelines, des tankers et des méthaniers.


La production gazière algérienne. La carte du gaz naturel s’organise en Algérie au départ des gisements de Hassi R’Mel, In Salah et Alrar. Trois gazoducs acheminent ensuite l’énergie directement à leurs clients, l’un passant par le Maroc, en direction de l’Espagne et du Portugal. Deux autres par la Tunisie, pour être distribués en Italie (le Transméditerranéen) et en Slovénie. S’y  ajoutent deux pipelines à destination des ports gaziers d’Arzew et Skikda, qui exportent par voie maritime, via Gibraltar, aux États-Unis, à l’Espagne, la France et la Belgique et, au sein du Bassin méditerranéen aux mêmes clients espagnols et français, ainsi qu’à l’Italie, à la Grèce et à la Turquie.

Quant à l’exploration, elle va bon train. Mohamed Meziane, P-DG de Sonatrach, a confirmé que sur l’enveloppe de 45 milliards de dollars prévue globalement à l’investissement dans la filière des hydrocarbures, entre 2008 et 2012, 66 % seront consacrés au développement des nouveaux champs pétroliers et gaziers. Les opérations de recherche sont menées conjointement avec des firmes internationales. Dans le bassin de Timimoun, au Sud-Ouest de l’Algérie, c’est l’italien ENI qui remporte la licence pour cette concession, tandis qu’à In Salah, le partenariat est établi avec la compagnie britannique BP, qui accroît les capacités de production de gaz naturel sur ce site – ainsi que sur celui de In-Amenas, dans le bassin d’Illizi. Des blocs onshore ont de la même manière été attribués à la fin de l’année 2008 au russe Gazprom, au britanique BG Group et aux industriels allemands E.ON.

La Sonatrach est également en contrat avec Gaz de France (dont 25 % des fournitures proviennent de l’Algérie) pour l’exportation de quelque 18 % de sa production. La compagnie nationale algérienne a de la même manière acté avec les américains Amerada Hess et Anadarko, la major française TotalFinaElf et Petrouas, et a affiché son intention d’établir des liens avec la norvégienne Statoil et l’émirienne Al-Thani Emirates Petroleum Corporation. Pour sa production de GNL, l’Algérie entend bien l’accroître de 30 % d’ici à 2012 en investissant dans cette industrie à Skikda et Arzew, renforçant de la sorte les capacités de production des quatre complexes qui existent.

Concernant le transport du gaz, trois projets sont à noter : le Galsi, pour la mise en œuvre d’un gazoduc entre l’Algérie et l’Italie, passant par la Sardaigne, d’ici à 2012 ; le Medgaz assurant la liaison Beni Saf-Almeria en Espagne, soit 210 km pour cet ouvrage dont la construction s’est achevée à la fin de 2008 et la mise en service prévue au cours du 2e semestre 2009 ; et le TSGP, un gazoduc transsaharien entre l’Algérie et le Nigéria. À cela s’ajoute un programme visant à optimiser la distribution en gaz naturel et GPL sur le territoire algérien. Il consiste en l’extension du réseau par la construction de quelque 6 000 km de canalisations, de 1 032 postes de transport de gaz et de 21 stations GPL. La réalisation cette rocade gazière Est-Ouest (GREO) reliant Khenchla à Sidi Bel Abbes, de 500 km, est sur le point de démarrer. Sonelgaz a en effet attribué cinq des six lots au groupement algéro-turc Cosider, Kanaghaz, Enac et Erciyas et à la société turque Gunsayil.

 

Réserves importantes en Libye. Tripoli conjugue de la même manière avec des compagnies étrangères pour l’exploration et l’exploitation des champs gaziers. La plus opérante sur le marché du gaz libyen est l’italienne ENI dont les droits d’exploitation ont été reconduits jusqu’en 2047. Elle a réalisé, en joint-venture avec la NOC, le Western Libyan Gaz Project (WLGP), complexe gazier le plus important dont la construction s’est achevée en 2005. Situé près de la frontière libyo-algérienne, il est relié par gazoduc et par le pipeline sous-marin GreenStream à la Sicile et à l’Italie. D’autres périmètres d’exploration ont été attribués, en 2007 et 2008, au groupe allemand RWE, au russe Gazprom, à la Sonatrach, à l’américaine Occidental Petroleum, au leader mondial ExxonMobil, à Liwa Energy (Abou Dhabi), GDF Suez, Oil India et India Oil Corp., l’australien Woodside, l’espagnol Repsol YPF, la société grecque Hellenic Petroleum, BP, et au polonais PGNIG.

Un autre grand projet, signé en 2005 avec Shell, concerne l’exploration de cinq blocs de 22 000 km2 dans le bassin de Syrte, au Nord-Est du pays ainsi que la modernisation d’une usine de GNL, à Marsa el-Brega. « L’industrie gazière en Libye connaît une nouvelle phase de développement. Nous avons mis en place un ambitieux programme d’exploration, qui a abouti à plusieurs accords avec des compagnies pétrolières internationales, dont l’un, Liquefied Natural Gas Development Agreement [LNGDA] a été conclu avec Shell. Les conditions offrent également un cadre pour la modernisation de la Sirte Oil Company, à Marsa el-Brega, et l'éventuel développement d'une nouvelle usine de GNL », confirmait ainsi Ashahab el-Bashir, président de LNGDA, un comité de gestion piloté par la NOC et Shell.

La production de GNL s’en verra augmentée, d’autant qu’une nouvelle usine pourrait être construite à Ras Lanuf. Concernant le réseau de canalisations, il est développé par la NOC et ses filiales. Quelque 3 000 km de gazoducs assurent le transport depuis les champs de production jusqu’aux raffineries et terminaux méditerranéens. Des interconnexions avec l’Égypte figurent au programme. En juillet 2008, un accord de coopération a été signé avec Le Caire. Il prévoit des connexions entre les deux pays. Il en va de même avec le voisin tunisien. Une joint-venture a ainsi été signée avec la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) pour la construction d’un gazoduc de 266 km entre Mellitah et Gabès.  Ces deux derniers projets avec les pays arabes d’Afrique du Nord pourraient ainsi permettre l’interconnexion Égypte-Libye-Tunisie-Algérie et un acheminement, via le Maroc, vers l’Europe du Sud.

 

Le marché gazier des deux géants du Maghreb, l’Algérie et la Libye, est très attractif. Les partenaires commerciaux affluent du monde entier. Cette situation a créé une interdépendance entre pays producteurs, clients et investisseurs, ce qui suppose  une entente entre les parties pour le prix de la ressource énergétique, de sorte que ces partenariats soient gagnants pour tous ceux qui s’y engagent. Un pari certes difficile à tenir, au moment où se consument les prix des hydrocarbures, en raison de la crise financière qui embrase la planète, et où les uns escomptent un retour sur investissement quand les autres voudraient réduire leur facture énergétique. Tous ces éléments expliquent peut-être la signature, par le Forum des pays exportateurs de gaz, d’une charte approuvant la création d’un bureau exécutif et d’un secrétariat, établi à Doha.

Jusqu’à présent, chacun avançait en ordre dispersé, au contraire des producteurs de pétrole. Désormais, cette organisation, qui regroupe notamment la Russie, l’Iran, le Qatar, la Libye, l’Algérie, l’Égypte et les Émirats arabes unis, pourrait bel et bien inverser la tendance.   


Paru dans Arabies N° 262 – Février 2009


 

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