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Bio Express

  • : VERONIQUE NARAME - JOURNALISTE
  • VERONIQUE NARAME - JOURNALISTE
  • : Journaliste, je collabore avec la presse économique et la presse professionnelle. Je signe des portraits, articles, interviews, dossiers et ouvrages. A mon actif également, des reportages en Afrique du Nord et Afrique subsaharienne. En parallèle, je conçois et pilote des formations sur la communication interculturelle. Et effectue tous travaux rédactionnels, présentation et animation de conférences-débats. Contact : veronique.narame@free.fr | Twitter : @veroniquenarame
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LE CHOIX DE LA REDACTION

 

 

ALTERNATIVES INTERNATIONALES  n° 067

Juin 2015

       Boko Haram épuise le Cameroun

Par Véronique Narame
A Maroua et Minawao
 
couverture
                  

Depuis un an, le Cameroun fait face aux assauts meurtriers de la secte nigériane Boko Haram. Et contribue, depuis 2013, à l'accueil sur son territoire de 40 000 réfugiés nigérians dans le camp de Minawao.

 

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LE CHOIX DES INTERNAUTES

JUIN 2015

Algérie / Industrie électrique et électronique : Moderniser et restructurer

Algérie  / Maritime : L'Algérie combine mer et terre

Côte d'Ivoire / Socitech Groupe : Contribuer à la digitalisation de l'Afrique

Burkina Faso / Sibiri François Yaméogo, Styliste Modéliste

Algérie / Photo reportage au Salon international du livre d'Alger

Burkina Faso / Des infrastructures performantes pour l'industrie

 

 

31 janvier 2010 7 31 /01 /janvier /2010 17:52


         Par-delà les mers... Tanger

 

 Aux-environs.jpg



Kilomètre zéro. Un matin d’été drapé de brume. Fragrances enivrantes sorties des entrailles de la mer qui se mêlent à l’âcre chaleur des jours sans fin. « Je suis dans ce moment comme un homme qui rêve et qui voit des choses qu’il craint de voir lui échapper. » Vision extatique d’un artiste transporté par l’étrangeté du fascinant tableau qui se dessine sous ses yeux. La rencontre entre Delacroix et Tanger est à nulle autre pareille. Evanouies les lames de lassitude qui l’habitaient à Paris. Le spectre de la lumière l’embrase. Il fixe fébrilement les scènes du théâtre de la vie sur les cimaises des rochers de Gibraltar. Ses « Convulsionnaires de Tanger », fanatiques jansénistes en proie à une transe délirante, feront partie des toiles inspirées par son séjour marocain. L’âme exsangue, il finira par quitter la ville, mais sera désormais lié à ce Maroc auquel il scellera son destin.   

 

Terminal vers lequel s'embarquent les candidats africains à l'émigration en direction du Nord, Tanger est tout à la fois la destination des happy few venant des horizons plus prospères d'Occident. Esthètes en mal d'inspiration, épicuriens inassouvis, cosmopolites à l'étroit dans leurs frontières, borderline venant faire leur coming out, corsaires et pirates échoués dans cette ville interlope se retrouvent, pour communier ensemble et jouir d’un spectacle imprenable, sur l'autel du front de mer.


« L’ange du bizarre veille depuis toujours sur cette ville à l’étrange destinée.

Capitale de la Mauritanie, terminus des caravanes, antichambre de l’hégire, porte de l’Afrique et de la Méditerranée, puis partie de plaisir un peu mélancolique pour les demi-solde du monde moderne, Tanger, avec ses mystères, ses fumeurs de kif, sa médina, ses guirlandes d’arômes, ses étrangetés, ses ombres et ses façades blanches, exerça de tout temps sa puissante fascination sur les aventuriers, les voyageurs et les artistes. » 

 

Daniel Rondeau, Tanger


Et ils ont défilé et défilent encore, les éminents et les élégantes, sur la grande terrasse du Continental où Churchill chercha en d’autres temps son inspiration dans les ronds de fumée de son cigare. Ils paradent dans les petits palais de la médina qu’occupaient jadis des VIP américains, célébrissimes héritiers aux goûts dispendieux. Ils s’attardent toujours dans les salles de quelques bars où écrivains de la Beat génération et rock stars anglo-saxonnes façonnèrent leur aura.

 

 

 

Ibn Battûta ou Les merveilles des voyages

 

S'il fallait dater cette tradition d'ouverture au monde alentour si chère à Tanger, il faudrait dérouler le fil de l'histoire... près de sept siècles plus tôt...

 

...Nous sommes en 1325. Abou Abdallah Muhammad ibn Abdallah ibn Muhammad Ibnou Ibrahim, jeune homme de 21 ans, quitte Tanger pour un long, très long voyage. Son dessein ? Parcourir Dar el Islam -comprenez la Demeure de l’Islam - et traverser pour ce faire la bagatelle de trois continents, sans transport aérien, sans l'option du rail, sans véhicule à moteur d'aucune sorte que ce soit.


 

« Je sortis de Tanger, lieu de ma naissance, [...] dans l’intention de faire le pèlerinage de La Mecque et de visiter le tombeau du Prophète. J’étais seul, sans compagnon avec qui je puisse vivre familièrement, sans caravane dont je pusse faire partie ; mais j’étais poussé par un esprit ferme dans ses résolutions, et le désir de visiter ces illustres sanctuaires était caché dans mon sein [...]

J’abandonnai ma demeure comme les oiseaux abandonnent leur nid. »

 

Ibn Battûta, Voyages


 

Une épopée de 120 000 kilomètres qui durera 28 ans, et lui fera explorer les sociétés de dizaine et de dizaine de pays. A commencer par l'Afrique du Nord, l'Égypte, la Syrie, l'Arabie, l'Irak, l'Iran, le Yémen, la côte africaine, Oman et le Golfe Persique. Puis l’Asie Mineure, les territoires mongols en Russie du Sud, Constantinople, la Transoxiane et l’Afghanistan, la vallée de l’Indus, Delhi. Et encore les îles Maldives, Ceylan, le Bengale, l’Assam, Sumatra, la Chine, Zhuanshufu, Malabar, la Sardaigne, le royaume de Grenade. Et enfin le Sahara, les pays du Niger, dernières étapes avant le retour au pays natal, le Maroc. Découvrir l’Afrique sub-saharienne, tel était son intention, au crépuscule de sa vie. Découvrir cette Afrique dont on connaissait à présent les richesses minérales. Découvrir Sijilmasa, Taghaza, Walata. Et prolonger en direction du fleuve Niger, au sud-ouest, pour atteindre Gao, où il séjournera huit mois avant de rejoindre Tombouctou. Puis le retour au Maroc, pour l’ultime voyage.

 

De ce périple, il narrera le récit dans sa célèbre « Rihla » qui ne sera pas célébrée par l'Occident avec autant de ferveur que ne le fut « Le livre des merveilles » du célébrissime Marco Polo. Et pourtant...

Si Ibn Battûta est le personnage de Tanger dont la destinée fut la plus exceptionnelle qui soit, il est sûrement le plus grand voyageur du monde arabe, si ce n'est l'un des plus grands du monde. Son “Cadeau précieux pour ceux qui considèrent les choses étranges des grandes villes et les merveilles des voyages” est ainsi considéré comme l'une des oeuvres de la Littérature Universelle.

 

 


L’épicentre des échanges euroméditerranéens

 

Au 14è siècle, Tanger est l'une des villes commerciales majeures d'une Méditerranée qui ne connaît encore aucune concurrence susceptible d'entraver sa supériorité à l'international. La carte du monde d'avant 1492 ne s'est en effet pas encore totalement dépliée vers l'Ouest... Ce qui lui laisse toute liberté pour organiser son transport maritime et sa logistique.

 

Changement radical cinq siècles plus tard. Tanger du début du 19è tourne son regard vers l'Afrique et le détourne de cette Europe dont les assauts par voie navale sont légions. Des conquêtes et des reconquêtes, dont le Détroit de Gibraltar sera la pierre d’achoppement.


 

« Des côtes sud de l’Espagne, d’Algésiras, de Gibraltar, on aperçoit là-bas, sur l’autre rive de la mer, Tanger la Blanche.

Elle est tout près de notre Europe, cette première ville marocaine, posée comme en vedette sur la pointe la plus au nord de l’Afrique. »

 

Pierre Loti, Voyages (1872-1913)

 

 

Il faudra attendre le 20è siècle pour que Tanger renaisse de ses cendres et redéploie ses voiles.

 


Paysages Rif - Instrumental khalid Izri

Prolonger l'écoute Khalid Izri > link


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