Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Bio Express

  • : VERONIQUE NARAME - JOURNALISTE
  • VERONIQUE NARAME - JOURNALISTE
  • : Journaliste, je collabore avec la presse économique et la presse professionnelle. Je signe des portraits, articles, interviews, dossiers et ouvrages. A mon actif également, des reportages en Afrique du Nord et Afrique subsaharienne. En parallèle, je conçois et pilote des formations sur la communication interculturelle. Et effectue tous travaux rédactionnels, présentation et animation de conférences-débats. Contact : veronique.narame@free.fr | Twitter : @veroniquenarame
  • Contact

LE CHOIX DE LA REDACTION

 

 

ALTERNATIVES INTERNATIONALES  n° 067

Juin 2015

       Boko Haram épuise le Cameroun

Par Véronique Narame
A Maroua et Minawao
 
couverture
                  

Depuis un an, le Cameroun fait face aux assauts meurtriers de la secte nigériane Boko Haram. Et contribue, depuis 2013, à l'accueil sur son territoire de 40 000 réfugiés nigérians dans le camp de Minawao.

 

Lire la suite.

Recherche

LE CHOIX DES INTERNAUTES

JUIN 2015

Algérie / Industrie électrique et électronique : Moderniser et restructurer

Algérie  / Maritime : L'Algérie combine mer et terre

Côte d'Ivoire / Socitech Groupe : Contribuer à la digitalisation de l'Afrique

Burkina Faso / Sibiri François Yaméogo, Styliste Modéliste

Algérie / Photo reportage au Salon international du livre d'Alger

Burkina Faso / Des infrastructures performantes pour l'industrie

 

 

3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 10:45

 

Révolte des jeunes

A qui la faute ?

 

Paru dans African Business - Février-Mars 2011 

 

Qu’ont-ils en commun les émeutiers de Tunisie et d’Algérie et pourquoi leurs cris de colère sourdent-ils au même moment ? Autopsie d’une révolte.

La Tunisie et l’Algérie ont en partage l’appartenance à un même continent, l’Afrique, et à une même sous-région, le Maghreb central. En cela, leur histoire présente des similitudes, tout comme les contextes socioculturels dans lesquels se sont édifiées leurs économies au sortir de la nuit coloniale. Il en est de même de leur population, laquelle présente la caractéristique d’être jeune. Les moins de 30 ans représentent en effet près de 70 % de la population.

Mais la comparaison s’arrête là. Ces voisins maghrébins ont par la suite suivi leur propre trajectoire. A la faveur de décisions et de leaders, ainsi que de moult autres paramètres comme la taille du territoire, le legs du passé et son assimilation, les ressources naturelles, les deux Etats Nations ont chacun écrit leur partition. L’un a bénéficié de conséquentes ressources en hydrocarbures qu’il a exploitées avec le concours des firmes internationales. L’autre a développé l’industrie du tourisme, du textile et de l’agriculture, en se positionnant plus récemment sur de multiples autres segments d’activités industriels et de services aux entreprises.  

En près de cinquante ans d’indépendance, ces deux pays ont cependant eu à supporter de multiples chocs - économiques, sociaux et politiques. Le choc pétrolier, dans les années 1980, a provoqué l’effondrement du prix du baril de pétrole. L’Algérie de l’époque s’est trouvé dépendante des décisions du FMI pour assurer la survie alimentaire de son peuple, en l’absence de ressources alors suffisantes pour y subvenir. A la même période, elle a été précipitée dans une effroyable tragédie qui a obscurci, dix années durant, ses horizons. Des milliers de morts et de blessés ont été déplorés. Des centaines de milliers d’autres ont été déplacés vers les villes et des milliards de dollars de dégâts matériels ont été enregistrés.  Pourtant, le pays s’est relevé de cette terrible épreuve, en instaurant la loi sur la Concorde civile. Il a également remboursé de façon anticipée sa dette extérieure dont le montant était supérieur à 12 milliards $.

Si la Tunisie n’a pas eu à surmonter pareille situation, un pan entier de sa production industrielle - le textile et l’habillement - a néanmoins été impacté, depuis 2000, par l’arrivée sur le marché de nouveaux concurrents venus de Turquie, d’Europe de l’Est et de Chine. Le démantèlement de l’accord multifibres en 2005 a encore ajouté au problème, en provoquant l’effritement de son volume d’exportation à destination de son principal client : l’Europe. En outre, comme tant d’autres économies, celle de la Tunisie a été impactée par la crise de l’automne 2008. La croissance a baissé de ses niveaux habituels, passant de 5 % à 3 %.

 

Des efforts à soutenir avec le concours de la communauté internationale

Dire alors que la Tunisie et l’Algérie sont seuls responsables de cette déliquescence serait  réducteur. Ces deux pays ont tout de même relevé des défis majeurs. Et non des moindres. Certes, tout n’est pas résolu, mais le chemin parcouru et les efforts entrepris méritent d’être soulignés. Si un retard au développement est observé dans les régions enclavées du Sahara et du Sahel où ne poussent que l’alfa et les palmiers dattiers, des réformes ont néanmoins été entreprises et des initiatives impulsées pour juguler le chômage et créer de l’emploi.

A commencer par l’enseignement, secteur auquel l’Etat tunisien alloue 6,9 % du PIB et 1,19 % à la recherche et au développement (R&D). Au moins 360 000 étudiants sont inscrits dans les universités et de près de 13 000 autres à l’étranger. Chaque année, plus de 80 000 d’entre eux sortent diplômés de l’enseignement supérieur, dont 3 834 avec un diplôme d’ingénieur. En Algérie, 40 % des ressources sont destinées à l’amélioration du développement humain, avec notamment 5 000 établissements, 600 000 places pédagogiques universitaires, 400 000 places d'hébergement pour les étudiants et plus de 300 établissements de formation et d'enseignement professionnels.

S’agissant de ces deux économies - qui ne sont au demeurant pas de même échelle que celles des pays industrialisés -, leur développement a de tout temps été encouragé par les pouvoirs publics, en fonction de leurs réalités et de leurs contextes. Une politique volontariste impulsée en Tunisie a permis de créer et de développer le tourisme. Mais cette activité a aussi révélé les disparités criantes entre d’une part les étrangers qui viennent consommer du « sea, sun and sand » au pays, et que l’on voit déambuler dans de flamboyants bus estampillés des logos des majors du tourisme européen, et d’autre part les Tunisiens qui redoublent d’ingéniosité pour conjurer les mauvais coups du sort. Dans un monde régulé par les échanges marchands et leurs corollaires, les profits, pourrait-on d’ailleurs envisager d’autre alternative pour les pays « low cost » que celle consistant à accueillir une clientèle argentée pour en recueillir quelques subsides ?

Les mêmes exigences se sont imposées pour la mise en œuvre du programme industriel, lequel s’est aligné sur les directives telles qu’édictées par l’Organisation mondiale du commerce (OMC). En Tunisie, la Loi de 1972 a ainsi autorisé les investissements directs étrangers (IDE) et a permis, en conséquence, l’implantation de nombreuses entreprises étrangères. Puis, le pays a marqué sa volonté d’ouverture vers l’extérieur en souscrivant aux accords du GATT et à ceux de l’OMC en 1995, avant d’être partie prenante des accords de Doha en 2001.

Les donneurs d’ordre européens sont alors venus très nombreux et, depuis quatre décennies, ils externalisent moult métiers pour diminuer les coûts de production. Le fleuron des entreprises françaises, italiennes et allemandes procurent ainsi des dizaines de milliers d’emplois à des Tunisiens, dans de nombreux  secteurs (textile et habillement, industries mécaniques, électriques et électroniques, aéronautique, équipementerie automobile…).

Ces entrepreneurs venus du Nord puisent leurs ressources, humaines et naturelles, de ce « réservoir vital pour l’Europe » que sont la rive sud du bassin méditerranéen et l’Afrique, car ils savent que les conditions de rémunération et le droit du travail sont plus avantageux. Cela se fait parfois au détriment de la main d’œuvre maghrébine qui accepte, faute de mieux, ces conditions.

Les pays du Maghreb sont, en effet, confrontés à ces « poids lourds » qui tirent avantage de ressources humaines qualifiées et peu coûteuses, et qui sont, a fortiori, rompues à une certaine discipline pour accéder aux fruits de la croissance. Seulement, à l’heure où Internet et les télévisions satellitaires diffusent leurs informations, il n’est désormais plus guère de sociétés ni d’individus qui puissent ignorer les écarts patents qui existent entre ceux qui détiennent les richesses et ceux qui y aspirent. Que ce soit à Bab el Oued ou à Sidi Bouzid, les motivations des jeunes sont ainsi semblables à celles de leurs coreligionnaires de tous pays. Elles consistent à vouloir s’insérer dans le monde du travail et à gagner décemment leur autonomie financière. Or, dans tous les pays du Maghreb et dans ceux d’Afrique subsaharienne, le chômage est important, tout comme l’emploi précaire.

Il est ainsi attendu des partenaires économiques de la rive nord méditerranéenne qu’ils ne soient pas uniquement tournés vers leur rentabilité interne, mais qu’ils agissent en soutien au développement économique de ces « pays tiers » via l’investissement dans des projets générateurs d’emplois hautement qualifiés requérant l’expertise des diplômés du supérieur.

« Nous avons besoin de l’Europe, de la technologie européenne, de l’investissement européen, mais dans une relation de parité, d’égal à égal », déclarait Hassan Abouyoub, l’actuel ambassadeur du Maroc en Italie. « Plutôt que de parler d’immigration sélective, créons un espace commun de connaissances et commençons à réguler l’employabilité des jeunes aussi bien au Nord qu’au Sud. Si on nous ouvre le marché agricole, si on permet l’investissement étranger, on aura les deux points de croissance qui nous manquent pour générer les 30 à 35 millions d’emplois que nous devons créer sur la rive sud », ajoutait-il.

Le jour où l’on envisagera d’autres formes de conquêtes que celles du marché, et que l’on raisonnera globalement, pour le bien-être de tous, alors les embarcations de misère, sur lesquelles s’entassent, dans un dernier élan d’espoir, ceux qui cherchent à atteindre les côtes des cités d’abondance, ne viendront plus s’échouer en mer et les oubliés de la croissance ne s’immoleront plus.

Alors enfin, la jeunesse pourra-t-elle entrevoir l’avenir autrement qu’en brûlant les symboles d’un pouvoir n’ayant plus d’autre recours pour restaurer l’ordre que celui de la force.

 Images-3 0152Images-3-0352.JPG 

Partager cet article

commentaires