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Bio Express

  • : VERONIQUE NARAME - JOURNALISTE
  • VERONIQUE NARAME - JOURNALISTE
  • : Journaliste, je collabore avec la presse économique et la presse professionnelle. Je signe des portraits, articles, interviews, dossiers et ouvrages. A mon actif également, des reportages en Afrique du Nord et Afrique subsaharienne. En parallèle, je conçois et pilote des formations sur la communication interculturelle. Et effectue tous travaux rédactionnels, présentation et animation de conférences-débats. Contact : veronique.narame@free.fr | Twitter : @veroniquenarame
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LE CHOIX DE LA REDACTION

 

 

ALTERNATIVES INTERNATIONALES  n° 067

Juin 2015

       Boko Haram épuise le Cameroun

Par Véronique Narame
A Maroua et Minawao
 
couverture
                  

Depuis un an, le Cameroun fait face aux assauts meurtriers de la secte nigériane Boko Haram. Et contribue, depuis 2013, à l'accueil sur son territoire de 40 000 réfugiés nigérians dans le camp de Minawao.

 

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LE CHOIX DES INTERNAUTES

JUIN 2015

Algérie / Industrie électrique et électronique : Moderniser et restructurer

Algérie  / Maritime : L'Algérie combine mer et terre

Côte d'Ivoire / Socitech Groupe : Contribuer à la digitalisation de l'Afrique

Burkina Faso / Sibiri François Yaméogo, Styliste Modéliste

Algérie / Photo reportage au Salon international du livre d'Alger

Burkina Faso / Des infrastructures performantes pour l'industrie

 

 

11 février 2011 5 11 /02 /février /2011 15:25

 

D’un bidonville lyonnais à un ministère parisien

 

Paru dans New African - Janvier-Février 2011 

 

219_1978.JPG

 

A Lyon, Paris, Alger, Sétif, Azouz Begag est partout chez lui. Forcément, il fait partie de ces êtres pétris de valeurs universelles qui ignorent les frontières. Portrait d’un fils d’immigrés algériens en territoire français.

 

Bien qu’il soit passé par les allées fleuries du pouvoir, l’homme n’a jamais oublié qu’il n’était initialement pas destiné aux haies d’honneur. Au contraire. C’est en effet dans l’un de ces infâmes bidonvilles de l’agglomération lyonnaise qu’Azouz Begag, écrivain, sociologue, économiste, qui fut de surcroit ministre, a fait ses classes. « Je suis un enfant de pauvre. Un fils d’immigrés algériens issus de la paysannerie. Voilà pour ma carte génétique d’identité », lance-t-il à la cantonade, ajoutant : « je n’ai jamais oublié au cours de ma vie l’une ou l’autre de ces dimensions ».

Son enfance, il l’a du reste consignée dans un ouvrage, le Gone du Chaâba, où il relate la première partie d’une existence douloureuse passée en France, dans l’inconfort d’habitats insalubres où logeait la population venue d’Afrique du Nord, exilée dans ce froid pays après la spoliation de ses terres, durant la longue nuit coloniale. « Mes parents étaient originaires de la région de Sétif, ce qui n’est pas neutre dans les relations franco-algériennes », précise-t-il, avant de référer aux massacres dont la ville a été le théâtre, le 8 mai 1945.

Depuis, des décennies se sont écoulées, l’eau a coulé sous les ponts. Azouz Begag est devenu celui qu’on connaît à travers son œuvre littéraire (une trentaine d’ouvrages à son actif), son activité politique - dont le fait le plus saillant a été sa fonction de ministre -, et ses prises de positions largement relayées par les médias. Il faut dire qu’il fait figure de tribun tant il est frondeur, tant son franc-parler bouscule certaines conventions. Pour autant, le libre-penseur n’a jamais manqué d’élégance pour énoncer ses vérités et n’a jamais non plus sursis aux règles de bienséance. Là réside la force du personnage. Mais pas seulement. Il est également brillant. Il l’a du reste toujours été.

Déjà à l’école, il est en tête des classements. Cela le mène à l’université où il finalise, haut la main, un double doctorat en sociologie et en économie. En 1986, alors qu’il est chercheur au CNRS, il signe Le gone du Chaâba qui est salué par la critique et plébiscité par le public. L’Education nationale le programme parmi les livres à étudier au collège. Dix ans plus tard, le roman est adapté au cinéma et le film remporte tout autant de succès.

Ce parcours exemplaire ne manque pas d’intéresser la classe politique. C’est ainsi qu’en 2005, il est nommé ministre délégué à la Promotion de l’égalité des chances. Pour la première fois dans l’histoire de la République française, un fils d’immigré algérien préside à cette destinée. Et c’est à l’initiative de Dominique de Villepin, alors premier ministre de Jacques Chirac, que le miracle a lieu.

Dans la veine des actions du pasteur Martin Luther King - inspirateur de la démarche visant à l’établissement de l’égalité des chances dans une société ségréguée - le nouveau ministre délégué à cette haute fonction se fait le chantre, cinquante ans après les Etats-Unis, de  cette cause qu’il applique en France.  

Il met en œuvre un programme politique ambitieux pour lutter contre ce qu’il connaît : l’exclusion. Pour l’avoir de nombreuses fois « expérimentée ». Ainsi bat-il en brèche la tentation de certains de vouloir reléguer à l’arrière-plan, ou de stigmatiser, une catégorie de la population française, du fait de ses « origines » ou de son culte.

Pourtant, en 2007, contre toute attente, il démissionne, marquant ainsi son désaccord avec la stratégie de Nicolas Sarkozy, alors candidat désigné à l’élection présidentielle.

A même époque, un nouvel opus de l’écrivain Begag est édité. Il s’intitule Un mouton dans la baignoire. « C’est la chronique des deux ans de guérilla gouvernementale unique dans les annales de la République (entre l’hôte de la place Beauvau et l’auteur) que retrace ce récit-vérité haut en couleurs, témoignage exceptionnel autant qu’œuvre littéraire de première grandeur », résume Fayard, l’éditeur.   

 

Ambassadeur des deux rives

Sa liberté de ton recouvrée, le citoyen Azouz Begag use d’une dialectique qui prône le rassemblement de tous les membres de la communauté nationale autour de ses valeurs communes. Il fustige au passage les arguments racistes que profèrent ceux qui transfèrent sur autrui des problèmes plus sûrement imputables à l’économie et à son dérèglement, dans un contexte de mondialisation exacerbée.

« Je veux changer la société en transmettant des messages positifs, de sorte que les millions d’enfants de l’immigration qui me regardent puissent comprendre que l’école est la planche de salut, et que par son biais l’on peut devenir ministre ! », explique-t-il avec enthousisme. Pour l’heure, il se dit toujours candidat aux prochaines élections cantonales de Lyon en mars 2011. Il gère aussi le dossier Education et culture au sein du mouvement République solidaire de Dominique de Villepin.

Parallèlement, il écrit un essai où il sera question d’identité française, justement. Dans le même temps, le prolifique auteur prépare un film dont il est co-scénariste avec le réalisateur de Vénus Noire, Abdellatif Kechiche. Il en dévoile d’ores et déjà le titre : Le ministre. Lorsqu’on lui demande quel en sera le scénario, il répond sans sourciller qu’il s’agira « des vicissitudes d’un type qui sort d’un bidonville et qui devient ministre ». Il ajoute que la mise en scène empruntera au registre tragi-comique de la comédie sociale à l’Italienne.

En sus de tout cela, en novembre dernier, est paru Le copiste de Beaumarchais dont Jacques Ferrandez a réalisé les illustrations. Il promet également Le bon grain et l’ivraie, une bande-dessinée qui se trame à Sétif, entre janvier 1945 et mai 1945, et qui sera publiée aux éditions Delcourt.

En fin rhétoricien, Azouz Begag n’en finit donc jamais de témoigner, par la plume comme à la tribune, composant une partition où se mixent à l’envi la France et l’Algérie. « Tout mon travail consiste à construire un pont pour raccommoder des mémoires déchirées », confirme-t-il. Ainsi se rend-il fréquemment à Sétif, Alger et Bejaïa, là où se trouve l’autre partie de son identité.

En janvier 2011, l’infatigable ambassadeur des deux rives de la Méditerranée sera d’ailleurs aux côtés de jeunes créateurs lyonnais qui ont impulsé un partenariat économique avec Bejaïa. Ensemble, ils conduiront une délégation d’entreprises franco-allemandes sur le salon de l’investissement qui aura lieu durant cette période en Kabylie.

Au pays des siens, l’homme est à l’évidence tout aussi actif qu’en France. Là-bas, le gone du Chaâba a son public de lecteurs qui suivent pas à pas ses pérégrinations. Il a également le soutien de Boudjemaâ, responsable de la cinémathèque d’Alger, qui a maintes fois programmé le film tiré de son œuvre. A Tizi Ouzou aussi, il dispose de relais via l’organisateur d’un festival itinérant de cinéma.

L’écrivain Begag était au demeurant l’invité du dernier Salon international du livre d’Alger où il a présenté Dites-moi bonjour, un conte philosophique publié aux éditions Sedia. Sur ces terres, il y retrouve la ministre de la Culture Khalida Toumi, qui compte parmi ses amis, ainsi que les professeurs et les anciens élèves du lycée Kerouani de Sétif où était scolarisé l’écrivain Kateb Yacine.

Et quand il retourne à El-Ouricia, sur les lieux où s’est enraciné la famille-souche, bien avant le départ pour la France, il se perçoit comme un de ces individus mondialisés qui ne craignent pas de perdre une part de leur identité, mais capitalisent plutôt sur leurs multiples potentialités.

Ainsi peut-il sans encombre passer d’un registre à l’autre. Mû par une fidélité organique à la « capitale des Gaules », il briguerait du reste volontiers la mairie pour en redynamiser sa facette orientalo-méditerranéenne. Tout aussi loyal vis à vis de ses amis maliens de Lyon, il a répondu favorablement à leur sollicitation pour être consul honoraire, et se ferait fort d’incarner cette identité africaine qui est à la proue de ses revendications.

Se décrivant comme « foncièrement incorruptible », l’homme peut ainsi naviguer d’un bord l’autre de ces univers sans craindre que sa détermination ne puisse un jour être entamée.

Si la prodigalité du personnage pourrait toutefois surprendre quelque esprit nonchalant, alors il faudrait comprendre que ce grand témoin se trouve à la croisée de plusieurs mondes et qu’il lui faut par conséquent encrer des pages et des pages pour restaurer quelques pans de l’histoire de ceux qui n’ont pu de leur vivant évoquer l’irrévocable.

Et sur ce chapitre, Azouz Begag est sans conteste le plus emblématique et le plus sûr garant de la cohésion de cette nation française dont la pluralité est consubstantielle de l’identité. Qu’on se le dise pour qu’enfin les couleurs de la France soient portées au pinacle et que l’avenir des relations franco-algériennes s’écrive en lettres capitales.

 

 

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