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Bio Express

  • : VERONIQUE NARAME - JOURNALISTE
  • VERONIQUE NARAME - JOURNALISTE
  • : Journaliste, je collabore avec la presse économique et la presse professionnelle. Je signe des portraits, articles, interviews, dossiers et ouvrages. A mon actif également, des reportages en Afrique du Nord et Afrique subsaharienne. En parallèle, je conçois et pilote des formations sur la communication interculturelle. Et effectue tous travaux rédactionnels, présentation et animation de conférences-débats. Contact : veronique.narame@free.fr | Twitter : @veroniquenarame
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LE CHOIX DE LA REDACTION

 

 

ALTERNATIVES INTERNATIONALES  n° 067

Juin 2015

       Boko Haram épuise le Cameroun

Par Véronique Narame
A Maroua et Minawao
 
couverture
                  

Depuis un an, le Cameroun fait face aux assauts meurtriers de la secte nigériane Boko Haram. Et contribue, depuis 2013, à l'accueil sur son territoire de 40 000 réfugiés nigérians dans le camp de Minawao.

 

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LE CHOIX DES INTERNAUTES

JUIN 2015

Algérie / Industrie électrique et électronique : Moderniser et restructurer

Algérie  / Maritime : L'Algérie combine mer et terre

Côte d'Ivoire / Socitech Groupe : Contribuer à la digitalisation de l'Afrique

Burkina Faso / Sibiri François Yaméogo, Styliste Modéliste

Algérie / Photo reportage au Salon international du livre d'Alger

Burkina Faso / Des infrastructures performantes pour l'industrie

 

 

14 juin 2011 2 14 /06 /juin /2011 06:15

 

L’offensive de Ouagadougou


Paru dans African Business - Juin-Juillet 2011


Aux problématiques endogènes auxquelles le Burkina Faso doit faire face pour maintenir son économie à flot s’ajoutent les crises exogènes auxquelles il est malgré lui confronté. Parviendra-t-il à relever ce double défi ?

Depuis février, le Burkina Faso est confronté à un important mouvement de contestation. Manifestations estudiantines et de la jeunesse, rébellion de militaires exigeant le versement d’indemnités supplémentaires, grèves des magistrats, protestations des commerçants qui ciblent les édifices publics… Ces tensions sociales émergent dans un environnement international particulièrement instable et dans un pays d’Afrique pauvre. « Le taux de croissance annuel a chuté de 5,2% en 2008 à 3,2% en 2009, du fait d'une série de chocs exogènes : choc climatique, crise énergétique, fluctuation des prix des matières premières et crise financière mondiale », indique la Banque mondiale.

En 2010, l'économie s'est néanmoins redressée, à la faveur d’une croissance de 7% 03.jpgdue à l’augmentation significative des exportations d'or combinée à une hausse des prix du métal sur les march és internationaux. Le secteur minier constitue à l’évidence un levier de développement économique important. Le s manifestations de ces jours derniers ne sont néanmoins pas de nature à rassurer les milieux financiers et les investisseurs qui opèrent dans ce secteur. Mi-avril, au lendemain des mouvements d’humeur des soldats de la garde présidentielle, l'action de la société aurifère québécoise Semafo, qui exploite la mine de Mana, a chuté de façon significative. Semafo s’était pourtant montrée rassurante, indiquant que « l’agitation » n'avait pas perturbé le cours de ses opérations sur ce site où a été produit 179 700 onces d’or en 2010.  

 

Entre le marteau et l’enclume

 Pour calmer les esprits, le président Blaise Compaoré a satisfait aux exigences de la soldatesque qui avait usé de la poudre pour obtenir le versement d’indemnités de logement et de primes journalières d’alimentation. Mais cela suffira-t-il à restaurer durablement le calme ? Telle est la question posée au moment où la société civile exprime son inquiétude face à l’inexorable hausse des prix des denrées de base, où les syndicats dénoncent la vie chère, où l’Organisation nationale des commerçants du Burkina manifeste contre les délestages constants d’électricité. Le Burkina Faso, tout structuré qu’il est autour d’un projet économique dynamique, est très sensible aux variations en tout genre. Il est fortement dépendant de la production de coton et de son exportation (60% des recettes), une culture de rente héritée de la période coloniale qui satisfait aux besoins de l’industrie de transformation des pays du Nord, mais qui est fortement tributaire des fluctuations des cours des matières premières. En outre, la filière est soumise aux aléas climatiques (désertification et sécheresse, inondations), et en concurrence avec les économies qui subventionnent massivement leur production comme les Etats-Unis, ou encore avec la Chine et l’Inde dont les rendements ne sont pas de même échelle. Ces dernières années, le déficit se creuse et les revenus des producteurs chutent. « Cette dégradation de la situation, qui est en passe de devenir structurelle du fait de la persistance de la crise, est une conséquence directe des subventions accordées aux cultivateurs de coton dans les pays industrialisés », constate l’Association interprofessionnelle du coton du Burkina.

A défaut d’être manufacturé, en l’absence d’une industrie de transformation, 99% de la fibre produite est exporté à l’état brut vers les pays asiatiques et européens. La marge bénéficiaire est mince pour les cultivateurs Burkinabé, ce qui oblige la Sofitex, l’organe de gestion de la filière, à négocier chaque année auprès d’un pool d’institutions financières internationales et de banques le financement du crédit de campagne qui comprend notamment l’achat du coton graine, de camions, et l’acquisition d’intrants.

L’agriculture est consubstantielle à l’économie burkinabé. La part du secteur primaire représente 45% du PIB et le pourcentage de la population active est encore plus important. C’est la principale source d'emploi et le moyen d’existence de la majorité de la population. L’objectif est d’améliorer la productivité agricole pour atteindre l’autosuffisance alimentaire et accroître parallèlement le volume des exportations. Sur ce dernier plan, il faut encore négocier avec l’Union européenne le cadre commercial qui régira les accords de partenariats économiques (APE) visant à la libéralisation des échanges.

Le Réseau des organisations paysannes et des producteurs agricoles de l’Afrique de l’Ouest (Roppa) craint cependant que les agriculteurs ne puissent pas résister à l’ouverture des marchés et au libre échange en acceptant ce traité. Les APE mettraient fin au régime préférentiel dont bénéficient les produits africains exportés vers le Vieux Continent et lèveraient les barrières d’importation des produits européens subventionnés, donc forcément moins cher. Ce qui risquerait d’anéantir la production locale dont les rendements ne peuvent, en l’état, rivaliser avec ceux des grandes exploitations européennes. « Notre priorité n’est pas de recevoir de l’argent de l’Europe. Si elle nous donne dans les conditions où nous voulons construire notre développement, nous sommes d’accord. Si c’est le contraire, l’Europe n’a qu’à garder ses financements », soutient le Roppa.

 

Chocs exogènes

Comme tous et chacun, les Burkinabé aspirent légitimement à renforcer leurs performancesjpg_ptf-2.jpg pour bénéficier des fruits de la croissance, laquelle ne contribue pas suffisamment à la réduction de la pauvreté . Tout est pourtant structuré pour y parvenir. Tous sont prêts à relever le challenge. Reste alors aux institutions internationales et autres bailleurs de fonds à transformer leur essai en investissant plutôt qu’en subventionnant. En créant de la richesse plutôt qu’en capitalisant sur ces richesses.

Pour l’heure, le Burkina Faso doit faire face à la flambée des prix du pétrole. Dans le même temps, il rencontre des difficultés pour répondre aux besoins du pays en énergie électrique, ce qui n’est pas sans relation avec la crise qu’a traversée la Côte d’Ivoire. La connexion avec ce pays qui pourvoit à la fourniture en électricité a été fortement perturbée. Tout comme les liaisons terrestres. En l’attente du rétablissement de l’interconnexion électrique entre les deux pays, l’Etat burkinabé a dû louer des équipements pour pallier le manque occasionné par ces dysfonctionnements récurrents.

Ces mêmes équipements ont été transbordés via le port ghanéen, lequel a pris le relai du port autonome d’Abidjan (PAA) durant toute la période où ce dernier a été sous embargo. Ce changement d’itinéraire a occasionné des surcoûts, car la distance à parcourir pour relier par route au port de Tema est plus longue que celle effectuée par train entre Abidjan et Ouagadougou. De plus, la liaison par rail est plus économique que le transport routier. C’est pourtant par ce corridor, ainsi que par ceux qui relient aux villes portuaires de la sous-région (Ghana, Togo, Bénin), que les marchandises destinées au marché burkinabé ont transité depuis le début de la crise post-électorale chez le voisin ivoirien.

La conjugaison de tous ces facteurs – endogènes et exogènes - a forcément contribué à la hausse des prix des denrées de première nécessité. Il n’est pas surprenant en pareilles circonstances que les tensions sociales se soient exacerbées, a fortiori depuis que les envois de fonds des migrants burkinabé qui ont dû fuir la Côte d’Ivoire et la Libye se sont taris. Du fait, aussi, des sanctions prises par l’Union européenne à l’encontre d’entités libyennes gelées.

Parmi ces institutions figurent la Banque commerciale du Burkina (BCB) détenue à 50% par Libyan Foreign Bank et la Banque sahélo-saharienne pour l’investissement et le commerce dont  la BSIC Libye possède 99,99 % de parts. D’autres entités dans des secteurs clés sont également détenues par des fonds d’investissements et des compagnies libyennes, notamment  dans le domaine du tourisme, de la distribution d’essence, de la construction… Qu’adviendra-t-il de ces activités, et des emplois connexes en territoire burkinabé, si la situation s’aggravait encore davantage pour le Guide libyen.

Les défis sont immenses. Le nouveau Premier ministre Beyon Luc Adolphe Tiao en est conscient, il lui incombe désormais d’entreprendre les réformes nécessaires pour le bien-être des Burkinabé.


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