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Bio Express

  • : VERONIQUE NARAME - JOURNALISTE
  • VERONIQUE NARAME - JOURNALISTE
  • : Journaliste, je collabore avec la presse économique et la presse professionnelle. Je signe des portraits, articles, interviews, dossiers et ouvrages. A mon actif également, des reportages en Afrique du Nord et Afrique subsaharienne. En parallèle, je conçois et pilote des formations sur la communication interculturelle. Et effectue tous travaux rédactionnels, présentation et animation de conférences-débats. Contact : veronique.narame@free.fr | Twitter : @veroniquenarame
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LE CHOIX DE LA REDACTION

 

 

ALTERNATIVES INTERNATIONALES  n° 067

Juin 2015

       Boko Haram épuise le Cameroun

Par Véronique Narame
A Maroua et Minawao
 
couverture
                  

Depuis un an, le Cameroun fait face aux assauts meurtriers de la secte nigériane Boko Haram. Et contribue, depuis 2013, à l'accueil sur son territoire de 40 000 réfugiés nigérians dans le camp de Minawao.

 

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LE CHOIX DES INTERNAUTES

JUIN 2015

Algérie / Industrie électrique et électronique : Moderniser et restructurer

Algérie  / Maritime : L'Algérie combine mer et terre

Côte d'Ivoire / Socitech Groupe : Contribuer à la digitalisation de l'Afrique

Burkina Faso / Sibiri François Yaméogo, Styliste Modéliste

Algérie / Photo reportage au Salon international du livre d'Alger

Burkina Faso / Des infrastructures performantes pour l'industrie

 

 

25 août 2012 6 25 /08 /août /2012 13:22

 

Burkina Faso


A qui profite le « charity business » ?

 

 

Paru dans Le magazine de l’Afrique – Septembre/Octobre 2012

 

Une kyrielle de fondations caritatives et d’ONG intervient au Burkina Faso. Ces partenaires au développement contribuent-ils à la croissance du pays ?

 

Les ONG et les fondations du monde entier convergent vers le Burkina Faso avec la même ferveur : aider au développement ce pays classé parmi les plus pauvres de la planète. Très active, la Fondation canadienne de la Société d’exploitation minière d’Afrique de l’Ouest (Semafo), de l’opérateur qui détient la mine de Mana (9 à 10 tonnes d’or par an à l’horizon 2013-2014), agit dans de nombreux domaines. Elle se positionne en chef de file de la Responsabilité sociale d’entreprise, et affiche ses objectifs sur des bannières plaidant en faveur du développement durable dans la région de la boucle du Mouhoun.

« La philosophie principale est d’utiliser la mine à travers des projets d’activités générateurs de revenus », assure Elie Justin Ouédraogo, directeur national de la société minière. La Semafo reverse ainsi 2% de ses bénéfices nets à la fondation. Un juste retour de la part d’une société qui doit son implantation au Burkina Faso à un projet caritatif.

Au départ, son PDG, l’homme d’affaires Benoît La Salle, est arrivé sur le continent pour conduire une mission humanitaire via l’ONG Plan international Canada, laquelle lui a donné l’opportunité d’engager des relations d’affaires et de se lancer ensuite dans l’industrie de l’or. « Ce séjour humanitaire m’a permis de rencontrer de hauts dignitaires qui m’ont convaincu de revenir avec des experts afin de participer au développement du secteur minier de leur pays », explique-t-il, ajoutant que c’est ce qui a permis la création de la Semafo.

Sur place, si la plupart reconnaissent que la fondation crée de la richesse en contribuant au financement de projets, d’aucuns déplorent la réquisition des terres arables pour les besoins de l’exploitation aurifère. Des cultivateurs ont ainsi perdu une source de revenus pérenne. D’autres souhaiteraient davantage d’emplois et d’activités génératrices de revenus pour la main-d’œuvre locale, et plus d’investissements dans les infrastructures de transport, de santé et d’éducation. La bonne volonté prônée par l’opérateur canadien vis-à-vis des villageois de cette province ne suffit pas à combler le fossé.

 

Solidarité désintéressée ?

La Fondation Yves Rocher aussi est bien impliquée dans les œuvres caritatives. Elle communique largement sur ses campagnes en faveur de la conservation de la nature, de la solidarité et de l’éducation à l'environnement. Et s’engage dans un vaste programme de reforestation au Burkina Faso. Mais sa présence est aussi très largement justifiée par la qualité des espèces endémiques dont les vertus sont recherchées par l’industrie cosmétique, en particulier l’huile de balanites que le groupe Yves Rocher a découverte en 1994, ainsi que le sésame.

L’industriel a également cherché à externaliser une partie de ses activités dans ce pays où le salaire minimum porte bien son nom. Mais il a été épinglé pour avoir traité avec mépris les ouvrières burkinabè de sa filiale, La Gacilienne. Les petites-mains roulotaient les billets de tombola dans des conditions aux antipodes du droit du travail.

L’Occitane, autre acteur de la filière cosmétique, a également programmé des actions de bienfaisance dans les pays où il s’approvisionne, notamment en beurre de karité. Il dédie en retour un budget à la lutte contre la cécité. A défaut d’un système de soins performant, les Burkinabè peuvent compter sur les largesses de la fondation L’Occitane, qui fait œuvre de charité en marge de son business. C’est une façon de faire des affaires tout en reversant sa quote-part à l’Humanité. La pratique est répandue. Ils sont en effet nombreux à opérer de cette manière.

La Fondation pour l’agriculture et la ruralité dans le monde (Farm) compte parmi ses fondateurs le Groupe Limagrain (spécialiste des semences de grandes cultures), le Crédit agricole et Suez. Le Farm finance des programmes de lutte contre la pauvreté. Et fournit semences et d’intrants, ainsi que l’équipement et l’installation de matériel d’irrigation. Le Groupe de recherche et d’échanges technologiques opère de manière analogue, fournissant de l’aide au développement en contrepartie d’expertise et de la commercialisation des marchandises de ses partenaires, au premier rang duquel Danone. Chez Bill et Melinda Gates, on procède de la même manière : charité contre business, avec des actions philanthropiques financées par des multinationales politiquement incorrectes, comme Monsanto qui distribue ses OGM pour améliorer la qualité des graines de coton.

 

Distribution anarchique des produits de santé

Dans le registre de la santé, de multiples ONG qui prodiguent leurs soins et distribuent leurs remèdes. Tellement d’ailleurs que la Centrale d'achat des médicaments essentiels génériques et des consommables médicaux a toutes les peines à organiser le marché national.

Dans une étude effectuée en 2010, le ministère de la Santé et l’Organisation mondiale de la santé révèlent un certain nombre de difficultés qui découlent de cette situation. A commencer par l'achat et la distribution anarchique de produits de santé, hors des circuits officiels d’approvisionnement, ce qui induit des dysfonctionnements. « Plus de 46,6 % des partenaires n'utilisent pas le système public pour la distribution des médicaments essentiels et autres produits de santé qu'ils financent, créant ainsi dix circuits de distribution supplémentaires […] Cela a pour conséquence de surestimer certaines catégories de produits, au risque de générer des pertes financières en cas de péremption des médicaments en surstock. Le financement d’autres produits peut en revanche être sous-estimé et occasionner la rupture de stock, avec des effets graves pour les malades en terme de mortalité et de morbidité », indique-t-on.

Grégory Enée, géographe et auteur d’une enquête sur le sujet, fait le même constat. Il souligne que les interventions des 630 ONG actives au Burkina Faso ne profitent pas toujours à leurs bénéficiaires. « La visibilité de ces actions, par une communication exacerbée, s’impose parfois au détriment de la qualité et de l’objectif final du projet », convient-il. Au final, ce sont les populations locales qui en pâtissent.

Oxfam, organisation vouée à la coopération et à la solidarité internationale basée dans la région, remarque ainsi que les dons mobilisés pour combattre la situation de crise alimentaire qui se profile sont insuffisants.

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