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Bio Express

  • : VERONIQUE NARAME - JOURNALISTE
  • VERONIQUE NARAME - JOURNALISTE
  • : Journaliste, je collabore avec la presse économique et la presse professionnelle. Je signe des portraits, articles, interviews, dossiers et ouvrages. A mon actif également, des reportages en Afrique du Nord et Afrique subsaharienne. En parallèle, je conçois et pilote des formations sur la communication interculturelle. Et effectue tous travaux rédactionnels, présentation et animation de conférences-débats. Contact : veronique.narame@free.fr | Twitter : @veroniquenarame
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LE CHOIX DE LA REDACTION

 

 

ALTERNATIVES INTERNATIONALES  n° 067

Juin 2015

       Boko Haram épuise le Cameroun

Par Véronique Narame
A Maroua et Minawao
 
couverture
                  

Depuis un an, le Cameroun fait face aux assauts meurtriers de la secte nigériane Boko Haram. Et contribue, depuis 2013, à l'accueil sur son territoire de 40 000 réfugiés nigérians dans le camp de Minawao.

 

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LE CHOIX DES INTERNAUTES

JUIN 2015

Algérie / Industrie électrique et électronique : Moderniser et restructurer

Algérie  / Maritime : L'Algérie combine mer et terre

Côte d'Ivoire / Socitech Groupe : Contribuer à la digitalisation de l'Afrique

Burkina Faso / Sibiri François Yaméogo, Styliste Modéliste

Algérie / Photo reportage au Salon international du livre d'Alger

Burkina Faso / Des infrastructures performantes pour l'industrie

 

 

25 septembre 2010 6 25 /09 /septembre /2010 17:49

Les transformations à l’œuvre

 

Paru dans Arabies - Septembre 2010

 

 

_Ammar-2-1-.JPGSpécialiste de l’histoire de son pays, Ammar Belhimer, maître de conférences à la faculté de Droit de l'université d'Alger et directeur de la Revue algérienne des Sciences juridiques, économiques et politiques répond à une interview consacrée à la situation actuelle de l’Algérie, notamment en ce qui concerne ses aspects politiques et économiques.

 

Comment l’Algérie est-elle parvenue à assainir sa situation financière après tant d’années de restrictions ?

L’Algérie a profité de l’embellie des cours pétroliers tirés par une croissance forte, en procédant notamment au remboursement anticipé de sa dette extérieure - laquelle était évaluée à plus de 12 milliards de dollars. Le pays a ainsi pu économiser près de 2 milliards de dollars au titre des intérêts, des commissions de service et des autres charges financières liées aux crédits contractés, et qui devaient initialement être remboursés entre 2006 et 2011. La poursuite de la hausse des cours du brut, jusqu’au tournant de la crise des subprimes, lui a parallèlement permis de constituer des réserves de change de 133,2 milliards de dollars. 43  milliards ont été placés en obligations du Trésor américain, à la fin du mois d’août 2008.

 

Quels sont les défis déjà relevés et les challenges qui restent à accomplir ?

La gestion prudente des réserves, la diversification des placements, le choix d’actifs non risqués ainsi que la stabilisation du taux de change effectif réel du dinar (proche de son niveau d'équilibre de long terme) constituent aujourd’hui une double garantie face aux chocs externes. Mais loin de se satisfaire d’engranger des réserves de change, le pays a mis en œuvre un programme d’investissement : le plan quinquennal 2010-2014. Celui-ci fait en quelque sorte  le pari de « jouer tapis » en mobilisant la totalité des ressources pour des choix de développement assis sur deux piliers : l'amélioration du développement humain et des infrastructures de base, ainsi que du secteur public.

A cet effet, plus de 40 % des ressources sont destinées à l'éducation et à la formation. Cela concerne près de 5 000 établissements, 600 000 places pédagogiques universitaires, 400 000 places d'hébergement pour les étudiants et plus de 300 établissements de formation et d'enseignement professionnels. Quelque 40 % des investissements sont également affectés aux infrastructures de base et à l'amélioration du secteur public. Plus de 3 100 milliards de dinars sont ainsi dédiés au secteur des travaux publics et 2 800 milliards de dinars sont quant à eux réservés au secteur des transports. L’objectif est de moderniser et d'étendre le réseau de chemin de fer, d'améliorer le transport urbain (avec notamment la réalisation de tramways à travers 14 villes) et celui des infrastructures aéroportuaires.

 

Dans quelle mesure les entrepreneurs algériens profiteront-ils de cette opportunité pour s’installer durablement comme acteurs autonomes du développement ?

Il est attendu que l’ouverture économique, en portant l’exigence de compétitivité au rang de survie, incitera l’entreprise algérienne à s’approprier d’elle-même les facteurs de compétitivité – que ce soient ceux afférents à l’appropriation de la technologie et du savoir ou bien au management et à l’information - pour faire face à la concurrence, liée à la mise en place des zones de libre-échange avec l’Europe et le monde arabe. Il est donc nécessaire de mettre en place un processus d’accompagnement en termes de mise à niveau qui prépare et adapte progressivement l’entreprise algérienne et son environnement aux exigences de la concurrence internationale et de la compétition.

 

S’agissant à présent de la crise financière internationale à laquelle sont confrontées les économies des pays fortement industrialisés, quelles sont vos analyses ?  

Avec les accords de Bretton Woods, conclus durant l’été 1944, le capitalisme a commencé à faire de l’endettement le principal moteur de son développement. Ce mécanisme s’est d’abord enclenché dans le monde développé - en Amérique du Nord, au Japon et en Europe occidentale - et s’est ensuite propagé tout alentour. Ce ne sont pas les zones d’ombre de ce fonctionnement  - hedge funds, paradis fiscaux - qui sont en cause aujourd’hui, mais le cœur même du capitalisme. C’est la raison pour laquelle on ne peut escompter un quelconque changement. Le système s’en sort du reste à très bon compte, faute d’une opposition crédible.

En revanche, ce qui est excessivement dommageable, ce sont les dégâts collatéraux qu’il a provoqué, à savoir un milliard d’hommes au bord de la famine, des centaines de millions d’épargnants ruinés, de sans-abris et de personnes sans emplois.

 

Si l’Algérie a été relativement épargnée par la crise financière, le pays a en revanche subi de plein fouet le terrorisme. Qu’est ce qui a concouru au déclenchement de cette tragédie ?

Il me semble permis de dire qu’il y a des facteurs endogènes et exogènes. Si le contrat anticolonial a abouti à une indépendance formelle, l’accomplissement d’un projet national d’envergure requiert pour sa part une certaine maturation qui n’était, en l’espèce, pas totalement acquise. En outre, le chemin à parcourir pour atteindre cet objectif est semé d’embûches. Tous les artisans du mouvement national s’accordent sur ce point. Pour que la nation désormais souveraine puisse construire un cadre d’expression pérenne et négocié, deux facteurs objectifs et indissociables doivent être pris en compte : doter le pays de moyens économiques de production et de reproduction durables ainsi que d’un pouvoir national stable et fort doté de modes de régulation sociale, d’arbitrage des intérêts et d’alternance au pouvoir. Concernant les facteurs d’ordre exogènes, je citerais l’islamophobie qui est certainement la valeur la mieux partagée.  

 

Quelles réflexions les tragiques évènements vécus par l'Algérie doivent-ils susciter ?

J’en vois principalement trois : une corrélation étroite entre la croissance et les libertés, le bannissement de la violence dans tout contrat social, le nécessaire appui sur un ordre public démocratique comme condition du développement.

Au monopole de la violence exercée dans le cadre de la loi par l’Etat nation moderne, succède en effet épisodiquement, pour des périodes plus ou moins longues, une diffusion massive des armes, au sens physique de moyens de destruction, de liquidation et d’exclusion d’autrui. Cette violence, qui est par ailleurs étroitement inscrite dans les institutions ou associée à leur fonctionnement, a été largement pointée du doigt par le « Rapport Issad » issu de la Commission de réforme de la justice installée au début de l’an 2000.

 

L’Algérie se reconstruit et restaure à présent son unité, se préparant à la célébration du cinquantenaire de son indépendance, en 2012. Qu’en est-il à ce propos des débats autour de la criminalisation du colonialisme ?

Les initiatives tendant à criminaliser le colonialisme, français ou autre, participent fondamentalement du refus de l’ordre juridique néocolonial, lequel émane en l’occurrence des Accords d’Evian signés le 18 mars 1962. Ces mêmes accords disposent d’une amnistie de toutes les parties pour les actes effectués et les opinions émises avant l’indépendance. L’ordre juridique d’Evian est cependant précaire.

Il ne semble en effet pas avoir fait l’objet d’un consensus interne. « L’Etat-major général [EMG] a voté contre les accords d’Evian », a récemment martelé le commandant Azzedine au forum d’El Moudjahid qui abritait la commémoration du cinquantenaire de la création de cette instance, le mois dernier. L’EMG, alors dirigé par Houari Boumediene, s’est inscrit, dès sa mise sur pied, en porte-à-faux avec le GPRA qui, lui, était favorable à la négociation des accords d’Evian pour l’indépendance nationale. La proposition de loi « criminalisant le colonialisme français » pourrait apparaître comme une mise à jour de l’ordre juridique hérité d’Evian. Dans la longue histoire coloniale de l’Algérie, l’autre question posée est de déterminer le moment précis où ce qui a été commis par des individus peut être attribué à l’Etat français.

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