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Bio Express

  • : VERONIQUE NARAME - JOURNALISTE
  • VERONIQUE NARAME - JOURNALISTE
  • : Journaliste, je collabore avec la presse économique et la presse professionnelle. Je signe des portraits, articles, interviews, dossiers et ouvrages. A mon actif également, des reportages en Afrique du Nord et Afrique subsaharienne. En parallèle, je conçois et pilote des formations sur la communication interculturelle. Et effectue tous travaux rédactionnels, présentation et animation de conférences-débats. Contact : veronique.narame@free.fr | Twitter : @veroniquenarame
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LE CHOIX DE LA REDACTION

 

 

ALTERNATIVES INTERNATIONALES  n° 067

Juin 2015

       Boko Haram épuise le Cameroun

Par Véronique Narame
A Maroua et Minawao
 
couverture
                  

Depuis un an, le Cameroun fait face aux assauts meurtriers de la secte nigériane Boko Haram. Et contribue, depuis 2013, à l'accueil sur son territoire de 40 000 réfugiés nigérians dans le camp de Minawao.

 

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LE CHOIX DES INTERNAUTES

JUIN 2015

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24 juillet 2015 5 24 /07 /juillet /2015 17:26
Cameroun/Lutte contre le terrorisme

Le Cameroun en lutte contre Boko Haram

 

A Maroua et Minawao,

Véronique Narame

 

 

Juin 2015 | Alternatives Internationales n°67

 

 

Depuis un an, le Cameroun fait face aux assauts meurtriers de la secte nigériane Boko Haram. Et contribue, depuis 2013, à l’accueil sur son territoire des 40 000 réfugiés nigérians dans le camp de Minawao.

 

A 35 kilomètres au Nord-ouest de Maroua (capitale régionale de l’Extrême-nord du Cameroun), le camp de réfugiés de Minawao. Une ville dans la ville. Sur 150 hectares, 40 000 Nigérians y ont trouvé refuge, dès 2013, pour échapper aux violences de Boko Haram. Sous une chaleur écrasante, ils déambulent entre les tentes attendant qui la distribution d’eau, qui l’ouverture du centre de santé. Des femmes s’activent à la cuisson du riz. A l’entrée, une file de nouveaux arrivants se presse à l’enregistrement auprès du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR). Ils sont chaque jour 250 à 300 à franchir l’enceinte du camp. Et nul ne sait combien de temps ils devront rester au Cameroun. A savoir d’ailleurs s’ils pourront un jour retourner au Nigéria. Ou s’il ne faudra pas envisager leur installation dans un camp définitif. Certains réfugiés n’ont pas attendu cette échéance. Ils ont construit leur hutte en dur - terre sèche et toit de chaume - allant jusqu’à planter un arbuste à l’entrée de l’habitation. « De nombreuses familles sont traumatisées. Leur village a été brûlé. Leurs proches tués. Ils n’envisagent pas un retour immédiat », souligne Nasir Abel Fernandes, Coordinateur du HCR. Certains placent leurs espoirs dans le nouveau président nigérian Muhammadu Buhari, qui a été investi le 29 mai dernier. N’a-t-il pas promis de faire de la lutte contre Boko Haram sa priorité ?

 

Risques de contamination

L’accueil des réfugiés pèse sur l’économie du Cameroun. En partenariat avec les Nations unies, l’Etat vient en aide aux populations du camp de Minawao. En sus du Programme alimentaire mondial, qui fournit des vivres et des citernes d’eau potable, il a fallu creuser des forages sur une terre aride, ce qui n’a pas été sans poser de difficultés. Et a épuisé des ressources déjà rares dans cette zone sahélienne. Le risque de contamination des points d’eau par les latrines, situées à proximité, ajoute au problème. Une soixantaine de cas de choléra a été détectée en 2014. Midjiyawa Bakari, Gouverneur de la région de l’Extrême-nord, commente la situation. « Au départ, les réfugiés disposaient de 4 litres par jour et par personne. A présent, nous leur assurons quotidiennement 11 litres. Nous participons également à la scolarisation des 8 000 enfants présents sur le camp, pourvoyons aux soins des populations et prenons en charge une à deux naissances par jour. » Les urgences médicales sont traitées par l’hôpital de Mokolo. L’Organisation mondiale de la santé, Médecins sans frontière et l’UNICEF apportent leur concours. En dépit de cette assistance, les besoins nutritionnels des populations ne sont pas totalement pourvus.

Le Cameroun paie un lourd tribut à l’effort de guerre. Le chef de l’Etat camerounais a mobilisé 640 milliards de francs CFA (975 millions d’euros). Au Nord, 6 500 militaires sont déployés. « Boko Haram est un gros problème. Nous avons besoin de beaucoup d’argent pour financer la lutte. Et attendons un soutien extérieur », explique Louis Paul Motaze, Secrétaire général du Premier Ministre.

 

Craintes de nouvelles attaques

C’est toute la région de l’Extrême-nord qui est sinistrée. Déjà moins dotée en infrastructures et en équipements car excentrée, elle connaît le taux de pauvreté le plus élevé du pays (à plus de 60%). « Les régions du Nord et de l’Extrême-nord sont régulièrement en proie à des crises alimentaires dues à la fois aux facteurs naturels (aléas climatiques, pauvreté des sols, inondations, invasions d’insectes) et structurels (forte croissance démographique, difficulté d’accès aux intrants agricoles, mauvaise gestion des récoltes et manque de structures de transformation », note Guy Gweth de Knowdys Consulting, un cabinet d’intelligence économique. Se surajoute à présent la crise sécuritaire. A Mora et à Kousséri, la population a fui les villages. L’agriculture est à l’arrêt. Le tourisme ne fait plus recette. Désertée la réserve naturelle de Waza, où la famille française Moulin-Fournier avait été kidnappée, avant d’être relâchée, en 2013. Et bien que l’armée camerounaise ait chassé Boko Haram du territoire, l’inquiétude persiste. La secte islamiste est retranchée à un jet de pierre de la frontière camerounaise, dans la forêt de Sambisa, vaste territoire au nord-est du Nigéria. Là où avaient été retenus en otage, le Père Vandenbeusch, ainsi que le Lamido (chef religieux) et maire de Kolofata, sa femme et ses six enfants, en 2014.

Si depuis deux mois, il n’y a plus d’offensives de l’ampleur de celle d’Amchidé (qui a opposé 150 militaires camerounais à 1 000 éléments de Boko Haram en octobre 2014), dans les villages, chacun vit dans la crainte de nouvelles attaques des terroristes. « On peut parler de victoire sur le plan diplomatique, car le Cameroun a pu rallier la Communauté internationale à sa cause et peut compter sur le soutien de son peuple qui s’est uni contre cette agression, assure le Colonel Didier Badjeck. Mais sur le plan opérationnel, on parlera de victoire quand la guerre sera gagnée. »

Le Cameroun doit défendre, à l’Extrême-nord, 400 kilomètres de frontières avec le Nigéria. Et ne peut poster ses soldats qu’à certains points stratégiques. Il peut en revanche compter sur les 2 000 éléments du Bataillon d’intervention rapide (BIR), les troupes d’élite de l’armée camerounaise, omniprésentes sur le terrain. Et sur l’armée tchadienne, positionnée à Mora et à Fotokol depuis janvier dernier, qui a fait subir de sévères revers à la nébuleuse islamiste. Ainsi que sur le Nigéria, lequel prend sa part à la lutte. « Boko Haram est pris en étau. Nous savons qu’ils ont été sérieusement touchés », indique le Colonel Badjeck. On peut néanmoins craindre de nouvelles intrusions, plus désorganisées. L’utilisation d’engins explosifs improvisés a été expérimentée par les terroristes. « Boko Haram a compris que notre force était mobile et flexible. Ils ont tenté de nous arrêter en plantant des mines sur notre route. Il y a trois mois, trois de nos véhicules ont été pulvérisés. Nous avons perdu une dizaine d’hommes ». Mais l’armée camerounaise a fait face à cette nouvelle menace. Désormais, le BIR est en capacité de détecter les mines et d’en débarrasser le terrain. Il est également formé pour l’utilisation de drones de surveillance et des armes lourdes, utilisées pour des cibles précises.

Au commandement du BIR, à Maroua, on sait que la guerre contre Boko Haram n’est pas finie. Et que la seule riposte militaire ne suffira pas à restaurer la paix. « Les racines sont profondes. Boko Haram agit par stratégie d’endoctrinement. Et sous la menace. La seule intervention militaire ne suffira pas à éradiquer le groupe terroriste. Il faudra travailler sur l’éducation et sur les populations pour mettre un terme à cette guerre. »

 

Les élèves nigérians du camp de réfugiés de Minawao, à l'Extrême-nord du Cameroun.Les élèves nigérians du camp de réfugiés de Minawao, à l'Extrême-nord du Cameroun.

Les élèves nigérians du camp de réfugiés de Minawao, à l'Extrême-nord du Cameroun.

Les populations nigérianes ont fui les violences terroristes en cherchant refuge au Cameroun.

Les populations nigérianes ont fui les violences terroristes en cherchant refuge au Cameroun.

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Published by Narame - dans CAMEROUN
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