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Bio Express

  • : VERONIQUE NARAME - JOURNALISTE
  • VERONIQUE NARAME - JOURNALISTE
  • : Journaliste, je collabore avec la presse économique et la presse professionnelle. Je signe des portraits, articles, interviews, dossiers et ouvrages. A mon actif également, des reportages en Afrique du Nord et Afrique subsaharienne. En parallèle, je conçois et pilote des formations sur la communication interculturelle. Et effectue tous travaux rédactionnels, présentation et animation de conférences-débats. Contact : veronique.narame@free.fr | Twitter : @veroniquenarame
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LE CHOIX DE LA REDACTION

 

 

ALTERNATIVES INTERNATIONALES  n° 067

Juin 2015

       Boko Haram épuise le Cameroun

Par Véronique Narame
A Maroua et Minawao
 
couverture
                  

Depuis un an, le Cameroun fait face aux assauts meurtriers de la secte nigériane Boko Haram. Et contribue, depuis 2013, à l'accueil sur son territoire de 40 000 réfugiés nigérians dans le camp de Minawao.

 

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LE CHOIX DES INTERNAUTES

JUIN 2015

Algérie / Industrie électrique et électronique : Moderniser et restructurer

Algérie  / Maritime : L'Algérie combine mer et terre

Côte d'Ivoire / Socitech Groupe : Contribuer à la digitalisation de l'Afrique

Burkina Faso / Sibiri François Yaméogo, Styliste Modéliste

Algérie / Photo reportage au Salon international du livre d'Alger

Burkina Faso / Des infrastructures performantes pour l'industrie

 

 

18 juin 2015 4 18 /06 /juin /2015 15:12
Cameroun/Réfugiés nigérians

 

Ils ont fui l’enfer de Boko Haram

 

Paru dans Le Parisien/Aujourd’hui en France

Samedi 06 juin 2015

 

 

Reportage. Quarante mille Nigérians, contraints de fuir la secte islamiste, ont trouvé refuge dans le camp camerounais de Minawao.

 

Minawao (Cameroun)

De notre correspondante, Véronique Narame

 

A Minawao, dans l’Extrême-Nord du Cameroun, l’inquiétude se lit sur les visages des réfugiés. Dans la maternité, quatre jeunes mamans sont comme prostrées. Leur enfant, né le jour même, grossit le nombre de ceux qui seront désormais des citoyens camerounais.

Quarante mille personnes, toutes originaires du nord-est du Nigeria, toutes chassées par les islamistes de Boko Haram, ont trouvé asile dans cet immense camp écrasé par la chaleur. Au pied d’une tente, une vieille femme, assise à même le sol, est prise d’une mauvaise toux. Il n’est pas encore midi, l’atmosphère est déjà irrespirable. Et pas un brin d’ombre. Une foule se masse devant le camion-citerne du Programme alimentaire mondial. La distribution des dix litres d’eau quotidiens par personne va commencer. « Le Cameroun pourvoit également à l’approvisionnement en eau en creusant des forages, explique Rébecca Djao, médecin camerounaise. Mais les réserves s’épuisent. »

Lucas Isaac est le représentant des réfugiés. Son histoire est semblable aux Nigérians échoués dans ce no man’s land de 150 hectares. Il raconte. « Je travaillais à Maiduguri, dans un cabinet d’avocats. J’étais bien installé, j’avais une maison, une voiture. Un jour, j’ai été averti que Boko Haram me recherchait pour me tuer. J’ai rassemblé ma famille et nous avons fui à pied, en laissant tout derrière nous. Puis, j’ai trouvé une moto pour arriver jusqu’ici avec les miens. » Coupé de tout, il survit, au jour le jour, sans savoir ce que le sort lui réservera. Lydia, 36 ans, a dû fuir son village parce que son mari, un chrétien, risquait sa vie, comme tous ceux que Boko Haram, affilié à l’organisation Etat islamique, juge « mécréants ».

 

Des prêches ultraradicaux aux exécutions

Maiduguri, capitale de l'État de Borno, dans le nord-est du Nigéria, est tristement célèbre. C’est dans cette ville que la secte islamiste a commencé à opérer en 2002. D’abord par des prêches ultraradicaux qui condamnaient notamment l’éducation, jugée illicite. Puis, les terroristes ont tué, sans distinction, musulmans, chrétiens, animistes. « Ils rassemblent les populations et les somment de les rejoindre. Ceux qui refusent sont exécutés. Certains sont contraints de les suivre. Ils sont ensuite drogués », explique Lucas Isaac. Un homme du comité de vigilance, chargé de la surveillance du camp, raconte. « J’ai essayé de défendre les villageois attaqués par Boko Haram. Ils m’ont porté un coup à la tête. » La balafre qui raye son crâne atteste de ce qu’il a eu à endurer avant d’échapper à ses bourreaux, des jeunes de 15 à 25 ans, pour la plupart.

En 2013, à l’installation du camp, les réfugiés n’étaient que trois à quatre mille. Deux ans plus tard, ils sont 40 000, dont 8 000 enfants scolarisés sur place. Chaque jour, entre 250 et 300 nouveaux arrivants affluent à Minawao. Leur maigre paquetage entreposé, ils attendent leur identification par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR). « Nous les recevons car le Cameroun a signé la Convention de Genève pour la protection des victimes de guerre », fait remarquer Midjiyawa Bakari, Gouverneur de l’Extrême-nord. En guerre contre Boko Haram depuis dix mois, le Cameroun a déjà mobilisé près d’un milliard de dollars (900 M€) contre la secte.

 

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« Chaque famille du camp a perdu un proche »

Nasir Abel Fernandes, du HCR

Anthropologue de formation, Nasir Abel Fernandes est coordinateur principal chargé des situations d’urgence au Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR). Basé à Genève, il revient d’un séjour de plusieurs semaines au camp de Minawao.

Comment sont les réfugiés à leur arrivée sur le camp de Minawao ?

Nasir Abel Fernandes . Les familles sont très traumatisées par Boko Haram. Chacune a perdu un proche. Leurs villages ont été brûlés, leur bétail saisi. Il leur a parfois fallu dix à douze jours de marche pour atteindre le camp. Au dire des chefs de village et des autorités locales nigérianes, ça reste très dangereux dans ces zones où sévissent les islamistes.

Envisagent-ils de retourner au Nigéria ?

Beaucoup sont traumatisés et n’ont pas confiance. Ils n’envisagent pas de rentrer dans l’immédiat. Ils craignent d’être tués par Boko Haram ou d’être perçus comme des sympathisants de la secte islamiste par les militaires nigérians.

Au total, combien de personnes ont été déplacées ?

Au Nigéria, il y a 1,8 millions de déplacés. Au Cameroun, 98 000 habitants de la région de l’Extrême-Nord, frontalière avec le Nigéria, ont fui vers des zones plus sécurisées, et 38 000 Nigérians ont trouvé refuge dans le camp de Minawao.

               Propos recueillis par V.N.

 

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Published by Narame - dans AFRIQUE
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